Le vampire

de John William Polidori, d’après Lord Byron, éditions Actes Sud, 1996, ISBN 978-2-7427-0906-9, 5.60 €.

L’histoire :

vampire XIXe siècle noble femmes superstitions Grèce Angleterre société folie serment meurtresLe jeune Aubrey fait son entrée dans la bonne société de Londres. Nourri de lectures et d’imaginaire, il est frappé par un personnage quelque peu mystérieux que rien ne semble émouvoir, Lord Ruthven. Pourtant, il parvient à se faire accepter de lui et part en sa compagnie visiter l’Europe. À la suite d’un comportement qu’il juge répréhensible, le jeune homme s’en sépare et poursuit sa route seul. Il passe un moment en Grèce et tombe amoureux, mais malgré les avertissements de la belle Ianthe, il ne veut pas croire à l’existence des vampires. Jusqu’à une nuit tragique où…

Chronique :

Voici une courte nouvelle, parue en 1819, qui se laisse lire avec plaisir, éclairée par les commentaires de Jean-Claude Aguerre en fin d’ouvrage.
Le décor est rapidement dressé (la bonne société londonienne) et le protagoniste principal est un jeune homme qu’on juge trop imaginatif. Le vampire, lui, semble granitique, avec ses yeux gris à l’éclat terne, au regard fixe, comme si « les miroirs de l’âme » trahissaient son véritable état. On a beau nous dire qu’il parle en compagnie, on ne le voit prendre la parole au style direct qu’aux deux tiers de la nouvelle, au point de laisser une impression de mutisme.
Dans cette nouvelle, il présente les caractéristiques qui deviendront communes par la suite, à savoir la noblesse, la séduction, et la beauté. Quant à sa malignité, elle est particulière. Comme le souligne Aubrey, il ne fait preuve de générosité qu’envers les dépravés, qui finissent tous mal après son intervention. Le jeune homme parle d’ailleurs de « malédiction ». De là à penser que Lord Ruthven choisit sciemment ses victimes en fonction de leurs actes… Et en même temps, cela va à l’encontre du choix de Ianthe et de la sœur d’Aubrey pour proies, lesquelles n’ont rien à se reprocher. Il y a donc de l’ambivalence dans le personnage, peut-être le résultat de deux visions différentes dues aux deux auteurs qui se sont succédé, à moins qu’il s’agisse de brouiller les pistes et de renforcer l’idée de créature vicieuse, se plaisant à souiller, voire détruire, l’innocence. Après tout, on l’estime responsable du dévergondage de dames vertueuses avec qui il a conversé.
Bref, nous avons là un texte agréable, qui pose certaines des bases du vampire aujourd’hui bien connues (morsure, sang, relative immortalité…) et le récit nous mène inéluctablement vers la folie, la destruction et l’horreur.

Le 29.02.2016

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