La légende de Sleepy Hollow

de Washington Irving, éditions Folio bilingue (Gallimard), 2014, ISBN 978-2-07-045424-2, 7.10 €

L’histoire :

cavalier décapité légende humour peur farce fantastique Etats-Unis mercenaire Dans le vallon paisible de Sleepy Hollow où prospère une communauté d’origine hollandaise, l’instituteur itinérant Ichabod Crane rentre d’une soirée donnée chez les van Tassel, riches et généreux fermiers des environs. Alors que nombre d’histoires de la guerre d’indépendance et de fantômes ont été racontées à la veillée, histoires dont il a apprécié le frisson, Ichabod se retrouve confronté à la plus célèbre des légendes locales, le cavalier sans tête.

Chronique :

Je suis tombée sur cette nouvelle par hasard, et ma curiosité étant ce qu’elle est, j’ai voulu la confronter à ma connaissance de cette histoire que je dois au film de Tim Burton sorti en 1999, Sleepy Hollow, la légende du cavalier sans tête. Si vous cherchez du fantastique et du frisson, vous risquez d’être déçus, car le texte de Washington Irving ne relève pas vraiment de cette veine. Il est bourré d’humour, aussi bien dans la description physique que morale des personnages, touche à la féerie par son évocation des paysages et de la fête des van Tassel, tandis que l’auteur n’hésite pas à se moquer gentiment de son personnage principal et à jouer sur les sous-entendus ou la suggestion quant aux actes et motivations des protagonistes. Sleepy Hollow ressemble un peu à une contrée de légende, à un de ces lieux où le temps a suspendu sa course, comme dans les récits où le héros qui entre en féerie voit l’écoulement du temps altéré, regagnant le monde des hommes plusieurs dizaines d’années plus tard alors qu’il n’a passé que quelques jours auprès des fées, voire quelques heures…
Le ton de l’auteur donne une impression de malice et de facétie, comme s’il s’amusait et prenait un grand plaisir à nous raconter son histoire, à brosser le portrait de ses personnages et à nous transporter dans ce Val Dormant au nom évocateur. La lecture et le style s’en trouvent agréablement fluides et enjoués, réussissant à rendre l’effet de bulle temporelle.
Bref, si on compare l’adaptation de Tim Burton au texte d’origine, il s’agit d’une relecture toute personnelle du réalisateur et d’une revisite de cette nouvelle, qu’il a intelligemment incluse dans son film à dominante clairement fantastique, autour de laquelle il a brodé tout un scénario inédit. Le récit d’Irving nous entraîne plutôt sur les terres du merveilleux et de la féerie par touches discrètes, sans jamais le revendiquer, et en asseyant son histoire dans un cadre présenté comme réel et véridique. À la fois dépaysant, distrayant, très bien écrit et traduit.

Le 20.12.2016