Carmilla

de Sheridan Le Fanu, éditions Gallimard (édition bilingue Folio), 2015 et Le Livre de Poche, 2004.

L’histoire :

vampire femme homosexualité malédiction fantastique XIXe siècleLaura vit dans un château reculé, cerné par la forêt, avec son père qui l’adore. À la suite d’un accident, ce dernier recueille pour quelques mois une jeune fille pleine de grâce et de beauté. Le plus souvent seule, Laura est heureuse d’avoir une amie avec qui discuter et passer le temps. Mais dans le voisinage, une curieuse maladie commence à décimer les jeunes femmes. Bientôt, Laura elle-même commence à décliner, tandis que sa nouvelle amie est de plus en plus rayonnante.

Chronique :

Voici un classique de la littérature fantastique que je voulais lire depuis longtemps, sans en avoir eu l’occasion jusqu’ici. À présent, c’est fait, et je ne le regrette pas. Paru en 1872, avant le Dracula de Stoker, ce texte court se lit très bien, sans se perdre dans des descriptions à rallonge comme c’est le cas fréquemment pour les romans de cette époque.
Le récit est bien construit, Sheridan Le Fanu lui donne une assise pseudo-scientifique avec son entrée en matière, puis dissémine les différents éléments qui mènent à la compréhension peu à peu, de manière à ce que le doute ne s’installe véritablement qu’à la moitié de l’histoire. Carmilla est charmante selon le récit de Laura, sujette à des accès plus fantasques par moment, pour ne pas dire passionnés, mais rien ne semble faire d’elle une créature néfaste, aux mauvaises intentions. Car là est sa particularité est celle du récit inventé par l’auteur, Carmilla aime Laura, sans pouvoir lutter contre sa nature. Il aborde ainsi les amours homosexuelles féminines, mais avec suffisamment de finesse pour ne pas tomber sous le coup d’une censure quelconque. L’ingénuité de Laura y est sans doute pour beaucoup, car elle n’est pas complice, plutôt aveugle, à moins qu’elle ne s’autocensure.
Si le thème du vampire féminin m’a fait penser en premier lieu à La morte amoureuse de Théophile Gautier, écrite bien avant ce texte-là, le récit de Le Fanu est différent. Il y a une véritable audace pour l’époque à aborder l’homosexualité. Toujours est-il que dans un cas comme dans l’autre, la vampire est véritablement amoureuse de sa victime, sans qui elle ne peut survivre, mais qu’elle tue à petit feu. Une malédiction largement exploitée dans la littérature actuelle.

vampire femme homosexualité fantastique XIXe siècle

Le 01.02.2016

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