UN(e)SECTE

de Maxime Chattam, éditions Pocket, 2021, ISBN 978-2-2662-6911-7, 8.70 €.

L’histoire :

Atticus Gore est policier à Los Angeles, appelé sur un crime inexplicable qui implique des insectes, son sujet d’étude à l’université. À New York, Kat Kordell, détective privée, recherche une jeune fille disparue pour le compte de sa mère, et fait une découverte macabre dans son appartement. Leurs enquêtes semblent n’avoir rien en commun, et pourtant ils vont finir par se rencontrer, leurs différentes pistes se complétant. Mais pourquoi des insectes morts sont retrouvés en si grande quantité près de plusieurs cadavres, qui semblent avoir nettoyés en quelques heures ? Pourquoi les disparitions inquiétantes se multiplient, en particulier dans une population particulièrement fragile ? Les deux enquêteurs vont découvrir une situation totalement folle, contre laquelle il semble difficile de lutter…

Chronique :

Voici un roman qui tient du thriller, mais avec une idée générale de départ qui relève quasiment de la science-fiction, d’où mon classement sous cet onglet. Maxime Chattam joue avec notre répulsion assez largement répandue et instinctive pour les insectes, pour nous faire frissonner et maintenir le suspense. L’enquête est difficile, que ce soit pour Atticus ou pour Kat, et si on comprend rapidement de quelle nature est l’impensable qui s’est produit, on cherche longtemps les tenants et les aboutissants qui se cachent derrière. Les révélations se font en plusieurs étapes, comme différents niveaux de compréhension auxquels on accède, ou comme des boîtes gigognes qui livrent un secret pour en renfermer encore un autre sur lequel creuser pour tout comprendre.
Le suspense est constant, les rebondissements nombreux et réguliers, tandis que les deux héros se retrouvent de plus en plus seuls, isolés, face à un monstre de puissance. Ce n’est pas David contre Goliath, c’est le grain de sable s’efforçant d’enrayer une machine folle. Le prologue annonce à lui seul la couleur, avec une sorte de mise en abyme du lecteur qui peut facilement s’imaginer à la place de Janie, et il nous interroge sur le pourquoi. Celui-ci revient avec le meurtre qu’Atticus doit élucider, et s’y ajoute alors le comment, dans une gradation bien dosée.
L’alternance entre les deux enquêtes permet de maintenir l’attention, le rythme et le suspense, tandis qu’on pressent les liens entre les deux affaires, sans tout saisir pour autant. L’ensemble est bien construit, astucieux, et on se laisse guider sans difficulté, tout en frémissant par moment. Les quelques précisions données par l’auteur dans ses remerciements à la fin font d’ailleurs froid dans le dos, on se dit qu’il n’y a que l’être humain belliqueux pour imaginer des horreurs pareilles.
Bref, c’est un roman prenant, plein de rythme et de tension, que l’on a du mal à lâcher, tandis que l’on se prend d’affection pour ses deux personnages principaux, à la fois forts et fragiles, tenaces et désespérés. Une paire que l’on aimerait retrouver dans une autre enquête 🙂

Le 23.06.2021