Rêves d’Utica

de Roznarho, éditions de L’Homme Sans Nom, 2016, ISBN 978-2-918541-26-4, 19.90 €

L’histoire :

science-fiction dystopie cyborg prothèses humanité survie épreuves voyage odysséeSurnommée la Rêveuse, Alyss déteste ce nom qui lui vaut brimades et poursuites échevelées à travers le ghetto de la zone 3 où elle a grandi. Mais lorsque la révolte éclate, menée par son père, l’Artificier, elle finit par ne pas avoir d’autre choix que de fuir et de se mettre à la recherche de la cité mythique, Utica. Malheureusement, seul un périple semé d’embûches peut l’y conduire, qui mettra son corps et son esprit en péril, face à un ennemi inconnu résolu à l’empêcher d’atteindre son but et qui ne manque pas de moyens…

Chronique :

Amateurs de science-fiction et de dystopie solides, vous devriez être servis avec ce roman. Car ne vous y trompez pas, même s’il est classé en littérature jeunesse, il tend à mon avis très sérieusement vers l’adulte. Pourquoi, me direz-vous ? Pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, parlons structure. Il m’a fallu un peu de temps pour la cerner et un épisode en particulier pour me mettre la puce à l’oreille, que je n’éventerai pas pour vous laisser la surprise. Même si l’entrée en matière ne nous oriente pas spontanément vers un récit de voyage, il s’agit pourtant bien de cela, un voyage initiatique, comme souvent lorsqu’il concerne un ou une adolescente. Qui dit voyage, dit étapes, et dans le cas présent, épreuves. Or, elles renvoient à un célèbre texte antique écrit par un certain Homère. Vous voilà sur la piste… Les références y sont nombreuses, et on pourrait même parler de revisite version SF.
Ensuite, puisqu’on parle de références, ces dernières foisonnent, tant livresques que cinématographiques. La puissance d’évocation du texte m’a renvoyée pêle-mêle à Blade runner (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques de Philippe K. Dick), Mad Max, District 9  et Elysium (même réalisateur, Neil Blomkamp), et j’en passe…
Enfin, le vocabulaire et le flot d’informations historiques sont de haute volée, avec un certain nombre de termes scientifiques qui, pour ces derniers, peuvent parfois représenter une pierre d’achoppement pour s’imaginer une scène, surtout quand on n’est pas scientifique pour deux sous.
Quant au personnage d’Alyss, il semble dès le début destiné à la souffrance, mais fait preuve de courage et de ténacité. Quand ces derniers risquent de la lâcher, c’est la colère, le souvenir ou Pimpin qui la poussent en avant. Belle trouvaille que Pimpin d’ailleurs, qui amène un peu d’humour et de légèreté dans un récit plutôt dur, et qui ne cesse d’évoluer, en fonction de la situation et des besoins de sa maîtresse.
Pour finir, je dirais que cette histoire penche vers la tragédie grecque, au sens où le destin fait en sorte que les hommes accomplissent ce à quoi ils étaient prédestinés, les manipule, y compris quand ils tentent d’y échapper (Œdipe en est un bel exemple). Ici, un autre joue le rôle du destin, mais le résultat est le même.
Bref, il s’agit d’un texte riche, foisonnant, exigeant, qui me ferait plutôt le conseiller à des adultes qu’à des adolescents, et qui représente un bel hommage à différentes formes d’expression artistique, tout en livrant certaines réflexions sur la conditions humaine et son rapport à la nature, aux êtres et aux choses. De quoi méditer…

Le 30.03.2017

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