Les dames blanches

de Pierre Bordage, éditions L’Atalante, 2015, ISBN 978-2-84172-718-6, 21.90 €

L’histoire :

Dans le monde entier, de grosses bulles blanches apparaissent sans que l’on sache d’où elles viennent, ni ce qu’elles sont. Elles mettent rapidement l’humanité en émoi, car elles attirent à elles des enfants de trois ans, qui disparaissent en leur sein. Mais ce n’est pas tout, au bout d’un certain temps et d’une croissance importante, elles se mettent à perturber le magnétisme, l’électronique et les appareils électriques, forçant les hommes à une régression technologique. Les ayant d’emblée déclarées des ennemies, les divers gouvernements entrent en guerre contre elles, et décident d’utiliser les seuls qui parviennent à y entrer, les enfants…

Chronique :

Voici un livre qui attendait depuis un bon moment dans ma PAL et que j’ai enfin pris le temps de lire. Étonnamment vu le nombre d’années depuis lequel je lis de la SFFF, c’est mon premier Bordage, sans doute parce que je suis plus attirée par la Fantasy que la SF.
J’ai découvert un récit immersif, d’autant plus facile à visualiser qu’il se passe à une époque proche de la nôtre et sur Terre. Les systèmes politiques et leur dérive progressive vers le totalitarisme sont bien décrits, plausibles, et à faire frémir tant on a l’impression de revenir au temps de la deuxième guerre mondiale. Le texte dénonce les dirigeants sans imagination, aux réflexes agressifs, incapables de ne pas reproduire les erreurs du passé et de changer de paradigme, au point d’en imposer des lois monstrueuses. Les religions ne sont pas épargnées, mises dans le même sac, et globalement les peuples sont présentés comme des moutons, qui laissent sacrifier des enfants en fermant les yeux pour conserver leur petit confort… Une résistance existe, qualifiée de terroriste par le pouvoir, et le peuple est muselé par la force, la peur et la répression, tandis que les jeunes sont embrigadés… Ce n’est pas sans rappeler certains événements historiques encore une fois.
Les personnages que nous suivons sont des gens ordinaires, pour ne pas dire médiocres, en dehors de Basile Traoré, qui fait figure de sage, tolérant et ouvert d’esprit. Je n’ai pas apprécié les protagonistes en dehors de Basile, notamment les personnages féminins qui m’ont semblé davantage taillé à la serpe que les hommes, mais les uns ne sont pas meilleurs que les autres, velléitaires, dépourvus de vraies passions ou d’énergie. Ils ne réfléchissent pas, et Élodie comme Catel se conduisent comme de véritables cruches par moments.
L’humanité n’est donc pas présentée sous son meilleur jour, et on peut se demander dans ce cas pourquoi les dames blanches auraient la volonté que l’on découvre à la fin du roman, sachant que les hommes sont visiblement indécrottables. Si l’auteur a pris le parti de présenter les sociétés humaines de cette manière, qui ne serait peut-être pas éloignée de la vérité, j’aime à croire que certaines nations auraient d’autres réflexes, d’autres manières d’aborder cette énigme et également d’autres stratégies pour compenser la régression technologique, sans en venir à maltraiter la Terre davantage…
Bref, ce roman est riche, fait pour pousser à réfléchir, il est dérangeant mais bien écrit, et le glissement de l’humanité vers la monstruosité est très bien représenté. Fait de petits arrangements avec la conscience, de laisser faire et de détournement du regard sur ce qui dérange, il montre la succession de petites concessions que l’on minimise et qui aboutit au final à l’inqualifiable. Une texte qui reste en tête, bien après avoir refermé le livre.

Le 06.09.2018