Les bras de Morphée

par Yann Bécu, éditions L’Homme sans Nom, 2019, ISBN 978-2-9185-4190-5, 9.99 € en e-book et 978-2-918541-65-3, 17.90 € en version papier.

L’histoire :

Frimousse est professeur de français à Prague. Depuis que Morpheus a frappé, il est coincé dans la ville, comme tous les survivants à travers le monde. Déplacements interdits, trop dangereux quand vous tombez de sommeil n’importe où sans prévenir. Dans son malheur, Frimousse a de la chance, il dort peu. Cela lui laisse le loisir d’exercer une seconde activité en plus de ses cours. Payé au contrat, il profite de ses heures de veille pour troller les personnes qu’on lui désigne. Mais un nouveau contrat se présente à lui, qui n’a rien à voir avec les autres. Trouver un certain professeur Beretta, qui pourrait avoir trouvé un remède à Morpheus…et il n’est pas le seul à lui courir après !

Chronique :

J’ai acheté ce livre par curiosité, et j’ai passé un agréable moment à le lire. L’idée de départ est originale, et le déroulé des conséquences d’un tel bouleversement des cycles de sommeil est intéressant. Tout s’en ressent, et l’humanité court encore plus après le temps qu’auparavant ! La régression et la décadence, à tous les points de vue, sont mondiales, la culture passe à la trappe et l’efficacité, le pragmatisme sont érigés en nouveau dieu. Par conséquent, les sciences et technologies sont poussées sur le devant de la scène encore plus que dans notre monde actuel où l’on ne jure que par elles, les professeurs de technologie sont transférés d’un établissement à l’autre à coups de millions comme des stars de football, tandis que la littérature, la philosophie et autres matières travaillant sur les idées, l’intangible, sont considérées comme « faibles ». Dans ce contexte, avoir choisi pour personnage principal un professeur de français est assez ironique, d’autant plus que ses nombreuses heures de veille lui permettent d’accomplir ce que d’autres ne peuvent pas faire.
Par ailleurs, on devine aisément que l’auteur lui-même pratique cette profession, un certain nombre de choses sentent le vécu !
Outre la découverte de la réorganisation du monde par les survivants et les changements complets d’habitudes qui en découlent, j’ai beaucoup apprécié le ton employé par l’auteur. L’humour et l’ironie sont constants, et certains personnages valent le détour, comme Michel ou Moussa. Michel est d’ailleurs un compagnon de virée privilégié, d’autant qu’il dort aussi peu que Frimousse. Sa manière de penser est particulière, ce qui fait sa force et son identité.
Enfin, la chute m’a beaucoup amusée, car l’auteur nous dévoile les causes de Morpheus et elles sont pour le moins inattendues ! On ne voit rien venir, même si au début du livre, quelques petits cailloux sont semés. Là encore, les choses sont exposées avec humour et l’humanité s’est fait remettre à sa place…
Bref, ce livre s’est révélé un excellent moment de lecture, divertissant, tout en explorant les conséquences d’un bouleversement inattendu qui, pour une fois en dystopie, n’a rien à voir avec un virus quelconque ! Un roman original ! 🙂

Pour découvrir les premiers chapitres, c’est par ici !

Le 06.03.2020