Le sang des héros

de Cyril Durr, éditions Nestiveqnen, 2017, ISBN 978-2-915653-75-5, 19 €

L’histoire :

uchronie SF science-fiction super héros pouvoirs mutationAmber, Terry, Mike, Kiera et Ebenezer sont des adolescents suprahumains. Aux États-Unis, comme tout ceux qui sont dans leur cas, ils sont d’office enrôlés dans l’armée pour un service militaire de plusieurs années. Face à l’adversité, un gradé stupide, incompétent, et un télépathe sadique, ils vont rapidement tisser des liens et se serrer les coudes. Toutefois, lorsque les choses vont trop loin et provoquent un drame, il ne leur reste pas d’autre choix que de rendre justice eux-mêmes, au risque d’y perdre la vie. Et si dans leur quête de justice, ils protégeaient sans le savoir l’univers d’une menace bien plus grande…?

Chronique :

Dès le premier chapitre, cette uchronie m’a accrochée par son écriture. Une grande force de ce livre réside dans ses personnages, extrêmement humains malgré leurs capacités, des êtres comme vous et moi, bien loin des super héros aux pouvoir faramineux et des stéréotypes, des jeunes catapultés malgré eux dans un univers qu’ils n’ont pas choisi et qui tentent de trouver leur voie alors qu’ils ne se connaissent pas encore eux-mêmes.
Car si ce livre est le récit d’une quête, elle se joue à plusieurs niveaux. Quête de soi, parcours initiatique, passage plus ou moins progressif à l’âge adulte, quête de valeurs et de repères, quête de justice dans un monde hostile et faux… Le regard de ces jeunes sur le système est sans illusion, tandis que ceux qui servent le dit système ont perdu leur âme depuis longtemps. Le personnage de Luna en est conscient, et pourtant il continue, comme une machine dépourvue d’humanité, sauf lorsque celle-ci se rappelle à lui de la plus désagréable des manières.
Leur seule option pour trouver un peu de réconfort et d’espoir, se serrer les coudes et faire de leur amitié un rempart. Alors que les adultes sont censés les encadrer, les protéger, leur apprendre à évoluer et à contrôler leurs pouvoirs pour les aider à entrer dans la pleine possession de leurs divers moyens, ils se retrouvent finalement seuls, à devoir se débrouiller, parce que ceux qui devaient s’occuper d’eux n’ont pas pris leurs responsabilités. Sachant que l’injustice et l’impunité sont généralement des moteurs puissants de révolte, plus encore avec des ados, la machine s’enclenche et finit par s’emballer, uniquement parce que chaque adulte ne voit que son intérêt propre. Seul le vieux Duke se montre à la hauteur. On peut y voir une certaine critique de notre société, où la colère, le ressentiment et la rage sont justement alimentés par l’impunité et les injustices fréquentes, au risque de générer des vendettas.
Bref, ce livre m’a beaucoup plu, je l’ai lu en une après-midi et j’ai trouvé qu’il sonnait juste, que ce soit par ses personnages ou par la situation géopolitique brièvement décrite, tandis que les thèmes abordés à travers les super pouvoirs renvoient finalement à des questionnements très humains, à des valeurs qui restent fondatrices, quelle que soit la société.

Le 09.02.2018