La Machine de Léandre

par Alex Evans, éditions ActuSF, 2019, ISBN 978-2-3768-6209-3, 9.99 € en e-book ou ISBN 978-2-36629-474-3, 18.90 € en version papier.

L’histoire :

Constance Agdal est professeur agrégé à la Faculté. Outre d’être la seule femme chercheur et à ce niveau d’études, elle cache un secret qui pourrait lui attirer des ennuis ou des ennemis. Constance est une chamane, capable de percevoir la vibration de la magie et de la tresser. Toutefois, elle préfère l’étudier de manière scientifique. Lorsqu’elle tombe par hasard sur un incube, après avoir eu la visite d’un inspecteur de police et d’un membre du Magistère, elle commence à se dire que tout n’est pas un hasard. La disparition d’un collègue chercheur y est peut-être lié, très courtisé par l’industrie en quête d’applications de masse de la magie, pour sa production. Constance commence elle aussi à être abordée par divers personnages, pas toujours aux intentions louables…

Chronique :

Ayant beaucoup apprécié les autres œuvres de l’autrice dans cet univers qu’elle a créé, je n’ai pas vraiment hésité avant de me lancer dans la lecture de ce nouveau roman assez court. Comme dans les précédents, Alex Evans a choisi pour personnage principal une femme de caractère, la tête sur les épaules, avec une histoire personnelle riche, tout autant que sa personnalité. Chercheuse, universitaire dans un monde largement dominé par la gente masculine, Constance fait preuve d’indépendance et de rigueur, se consacrant à la science et à ses recherches. Elle ne trouve aucun intérêt aux mondanités et activités sociales, d’où son étonnement lorsqu’elle reçoit une invitation à la Fondation des Sciences Occultes. Son approche de la magie est assez paradoxale tout en étant logique. Elle peut la percevoir et la comprendre intuitivement vu ses capacités, toutefois elle préfère les études rigoureuses et fastidieuses par le biais de la science, peut-être une manière de cacher son statut de chamane non déclarée, afin de ne pas être exploitée. Sa rencontre avec l’incube va changer beaucoup de choses, et je vous laisse découvrir le tout, qui est assez savoureux.
J’apprécie que dans ce nouveau roman, l’autrice propose une approche de la magie totalement différente de ce que l’on a pu observer dans Sorcières associées. Cela tient également au fait que nous ne sommes pas à Jarta, mais plus au nord, avec des règles et des lois autres. D’ailleurs, il est fait mention de Jarta et de l’intrigue du premier tome à un moment, un clin d’œil au lecteur 😉 On voit ainsi combien les deux sociétés se distinguent, avec des évolutions marquées. Le poids de la religion qui a étouffé les femmes durant des siècles est encore très présent, même si la magie est en train de bouleverser la donne. Tourmayeur, la cité d’où vient Constance, résiste autant qu’elle peut, enlisée dans le fanatisme religieux, mais scellant ainsi du même coup sa décadence croissante.
Quant à l’intrigue, elle est bien construite, on ne se doute pas de ce que cache vraiment Philidor jusqu’à l’ouverture de sa boîte, et le dénouement est plaisant, en ce qu’il oblige Constance à prendre pleinement possession de son héritage et à avancer, à évoluer.
Bref, j’ai adoré ce roman, trop court à mon goût, au point d’enchaîner directement avec la nouvelle qui le suit, La Chasseuse de livres, qui se déroule dans la même région, mais avec une héroïne cette fois dépourvue de don magique. Je publierai d’ailleurs sous peu un article qui lui sera consacré, histoire de prolonger le plaisir 🙂

Nouvelles dans le même univers :

Une collection d’ennuis (article)
La Chasseuse de livres (article) dans La Machine de Léandre
Le temple des transactions douteuses (article)

Romans dans le même univers :

Tome 1 : Sorcières associées (chronique)
Tome 2 : L’Échiquier de jade (chronique)

sorcières magie steampunk vampire zombies industrie magouilles nouvelle magie contrat collection objets génie 

Le 11.03.2020