La 25e Heure #

Paris-Capitale

de Feldrik Rivat, éditions de L’Homme sans Nom, 2017, ISBN 978-2-918541-60-8, 24.90 €

L’histoire :

uchronie steampunk Paris morts enquête enlèvementLa Compagnie du Chrysanthème Noir a créé un nouvel empire dans lequel les morts et les vivants collaborent. Paris en est le cœur, où s’élèvent les tours Cuprifères qui permettent le lien avec les disparus. Toutefois, tous ne sont pas animés de bonnes intentions et le peuple doit vivre sous couvre-feu pour rester en sécurité quand vient la nuit. Le Khan est devenu préfet et œuvre à la Périspritique, la brigade chargé de neutraliser les ombres maléfiques. Quand Louis Bertillon l’appelle au secours pour résoudre un enlèvement, le voilà qui arpente les Cuprifères aussi bien que les rues de Paris avec son tigre afin de démêler l’affaire, et les responsables peuvent trembler…

Chronique :

Tout d’abord, physiquement, ce livre est une merveille. Belle couverture à l’ancienne façon vieux livre relié de cuir, avec signet en tissu intégré, et une illustration réalisée par l’auteur lui-même, aux allures d’impression sur plaque de cuivre. La tranche est noire, comme la couverture, et le toucher très agréable. Un bel objet soigneusement confectionné.
Le contenu maintenant. Avec ce troisième roman dans l’univers de La 25e Heure, Feldrik Rivat développe un Paris uchronique et utopique dont le visage a été bouleversé, voire révolutionné, par la collaboration entre les morts et les vivants. Des contrats sont passés entre les uns et les autres afin que les vivants prêtent leur corps à des défunts illustres, lesquels peuvent ainsi poursuivre leur œuvre avant de rendre l’usage de leur enveloppe charnelle aux porteurs, appelés « atlas ». Suite aux émissions des tours Cuprifères, Paris est arrosée en permanence de pluie, donnant lieu à une architecture aquatique et élégante, toute de métal et de verre, façon Belle Époque. Les avancées scientifiques sont immenses, une nouvelle énergie est fournie aux habitants gratuitement pour remplacer l’électricité, tandis que toute personne avec un fort taux de compatibilité peut devenir atlas, quelle que soit son origine sociale.
Toutefois, il y a un revers de la médaille et les agitateurs politiques ne manquent pas de l’utiliser. Des ombres voraces envahissent les zones non sécurisées la nuit, obligeant la population modeste à se terrer sous couvre-feu, et tous les morts appartiennent d’office à la CCN. Par ailleurs, l’administration et la bureaucratie sont devenues endémiques, un véritable enfer pour quiconque se rend aux Cuprifères. Les scènes où Lacassagne et Goron s’y heurtent sont d’ailleurs savoureuses, et la critique sous-jacente n’est pas sans humour 🙂
Quand à l’histoire, elle est un peu lente à démarrer du fait de la mise en place du décor, mais une fois lancée, on ne la lâche plus. C’est l’effet Lacassagne, le personnage étant toujours aussi imposant et impressionnant, même en connaissant ses petits défauts. L’intrigue est retorse, entrecoupée de moments du voyage de Charcot dans l’arctique et de celui de Clémence dans le désert, tandis que la quête d’un illustre personnage vient se superposer à l’affaire. Du reste, les figures célèbres sont légion dans ce roman, lui apportant une grande richesse.
Bref, voici un roman qui peut se lire indépendamment des deux autres, dans lequel l’auteur développe son univers dont on ne voyait que les prémices dans les précédents tomes. Avec pour guide les personnages récurrents et un Lacassagne toujours aussi granitique, on s’enfonce dans un Paris uchronique extrêmement original, dont on ignore encore l’évolution vu le contenu des dernières pages. Un grand moment de plaisir pour un texte et un imaginaire très riches, un peu à la Jules Verne 🙂

Autres tomes de la série :

  1. La 25e Heure (chronique)
  2. Le Chrysanthème Noir (chronique)

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Le 09.10.2017