Frankenstein 1918

de Johan Heliot, éditions L’Atalante, 2018, ISBN 978-2-84172-871-8, 16.90 €

L’histoire :

guerre mondiale uchronie frankenstein création soldats sacrifice domination efficacité science histoire recherches Churchill Marie CurieAlors que les Alliés et les Prussiens s’enlisent dans un conflit armé d’un nouveau genre, Churchill, aidé des carnets du docteur Victor Frankenstein, décide de créer des soldats hors normes à partir des cadavres du champ de bataille, afin d’épargner des vies. C’est ainsi que naît le bataillon F, redoutable d’efficacité et dirigé par Victor, le premier des non-nés, plus intelligent et plus conscient que ses frères d’infortune. Mais la politique, les luttes de pouvoir et les intérêts financiers vont sonner leur glas, et Victor, unique survivant, décide de disparaître. Des années plus tard, un jeune historien passionné par l’Histoire secrète retrouve par hasard des écrits mentionnant cette expérience interdite. Aidé par une jeune fille sympathisante de la Résistance, il se lance alors dans une quête périlleuse pour reconstituer toute l’histoire, dans un Londres irradié, avec la Gestapo du Protectorat allemand aux talons…

Chronique :

Voici un roman d’uchronie extrêmement bien mené, dans sa construction autant que dans la caractérisation des personnages et l’écriture. Le récit est écrit à la première personne par divers narrateurs, tous partie prenante de l’histoire à un degré ou à un autre, et témoignant de ce qu’ils ont vécu. Les deux principaux acteurs pour les temps de guerre sont évidemment Churchill et Victor, qui nous donnent à voir l’un ses motivations, l’autre son vécu et sa redécouverte de la vie.
Edmond, étudiant historien, et Isabelle, étudiante sympathisante de la Résistance, interviennent quant à eux plus tard chronologiquement parlant. C’est d’ailleurs leur fille qui introduit l’ensemble du récit, une habileté dont on ne comprend tout le sens qu’une fois arrivés à la fin 😉
Au niveau de la construction, on distingue deux grandes parties : une première composée par les mémoires secrets de Churchill, et le récit rétrospectif de Victor. Ils nous présentent un premier tableau du conflit et se complètent, l’un au fait des questions politiques et des intérêts des puissants, l’autre plongé au cœur de la bataille, sur le front, et interlocuteur longtemps privilégié du créateur de leur unité. Puis vient la seconde partie, consacrée à la quête d’Edmond et Isabelle, qui permet d’amener de quoi compléter la première partie et de nous dire ce que sont devenus les deux protagonistes principaux.
Le tout est très habilement mené, on se laisse captiver par le récit, et on s’attache à Victor qui n’a rien demandé, mais qui se retrouve l’objet de toutes les convoitises, obligé de combattre, de tuer, alors qu’il n’en a pas envie. Son évolution est d’ailleurs très intéressante. Les uns et les autres sont l’occasion de réflexions sur la guerre, l’humanité, le cynisme et l’égocentrisme des puissants, prêts à sacrifier des milliers de vie uniquement pour s’enrichir un peu plus…
Bref, il s’agit d’un excellent roman, que j’ai beaucoup apprécié, et qui me reste encore en tête, très plaisant aussi bien par son écriture que par la manière de mener l’histoire. Un bel hommage au Frankenstein de Mary Shelley, et une façon de revisiter le mythe qui le modernise, avec des questions toujours d’actualité. Je vous le recommande 🙂

Le 15.01.2019