Solomon Kane

L’intégrale

de Robert E. Howard, éditions Bragelonne, 2017, ISBN 9791028102579, 10 €

L’histoire :

Solomone Kane est un homme errant, bretteur accompli à la mine austère, qui ignore où le mèneront ses pas. Persuadé d’être l’instrument de Dieu, il arpente le monde en redresseur de torts, n’hésitant pas à risquer sa vie pour des inconnus dès l’instant où une injustice est commise à ses yeux.
Ainsi, son chemin le mène des côtes anglaises à l’Afrique, à la Forêt noire et sur les mers où il combat au point de se faire un nom jusque chez les peuples arabes. Tenace, une fois qu’il a une cible, il n’abandonne rien jusqu’à l’accomplissement de sa quête… Un personnage ambivalent, plein de contradictions, et qui n’est pas adepte de l’introspection !

Chronique :

Voici un des personnages emblématiques de Robert E. Howard, dont j’avais déjà lu les aventures dans de vieux poches, et que je viens de relire après m’être vu offrir cette belle intégrale.
Il s’agit d’un recueil de nouvelles parues dans divers magazines, dont notamment Weird Tales, qui a également publié Lovecraft. Si le personnage de Solomon a un aspect marquant, assez charismatique malgré son aspect austère, voire lugubre, il se révèle assez complexe pour paraître insaisissable au-delà de quelques traits de caractère que l’auteur nous donne : obstiné, d’un calme trompeur qui cache des fureurs sanglantes, il n’hésite pas à faire régner la justice (sa justice ?) à la pointe de sa rapière, officiant ainsi comme juge et bourreau. L’époque dans laquelle il évolue, bien que contemporaine, reste dure, sauvage, avec une Afrique assez caricaturale et fantasmée, lieu de tous les mystères et d’horreurs sans nom. Avant toute chose, Solomon est un guerrier,  » un bretteur et un tueur-né » selon Howard, décrit par moments comme fanatique et flirtant avec la folie. De quoi marquer les esprits.
Les nouvelles de ce recueil sont assez inégales, certaines, magistrales, vous emportent, tandis que d’autres sont vite oubliées. Elles ont été influencées par des correspondances entre Howard et des rédacteurs de magazines auprès desquels il a tenté de les placer, de même que par ses échanges avec Lovecraft. C’est ce que nous apprend Patrice Louinet à la fin du recueil, lorsqu’il retrace la chronologie de l’écriture des nouvelles.
Personnellement, Solomon Kane n’est pas le personnage d’Howard que j’apprécie le plus. À mes yeux il préfigure plutôt Conan, tout comme le fait le roi atlante Kull, avec des traits communs. Ils ont des valeurs, respectent un code d’honneur personnel, quoique rudimentaire, n’abandonnent jamais, quand bien même ils seraient au seuil de la mort, et la colère, voire la fureur, est une force qui les rend plus terribles encore. Ils sont dotés d’un physique et d’une résistance hors normes, qui leur permettent de survivre là où d’autres ne se relèveraient pas. Quant à leurs sens, ils sont plus aiguisés que la moyenne, à force de vie périlleuse et d’errance pour Solomon, alors que pour Conan, c’est un attribut naturel et intrinsèque lié à sa qualité de barbare. Et pour Howard, le barbare vaut mieux que l’homme civilisé, qui est corrompu.
Bref, j’ai apprécié la lecture de ce recueil malgré des nouvelles moins intéressantes que d’autres, et l’éclairage apporté sur la genèse du personnage à la fin du livre est instructif, tout en replaçant Howard dans son époque, avec l’impact que cette dernière a sur son écriture et sa manière de considérer les différents peuples. Passionnant !

Le 10.12.2018