Néachronical #3

Tome 3 : Manus Dei

de Jean Vigne, éditions Lynks, 2018, ISBN 979-10-97434-13-7, 17.90 € l’intégrale.

L’histoire :

Alors qu’elle est en fâcheuse posture, Néa parvient à se libérer, récupérant Juliette et Grognon au passage. Toutefois, le sortilège qu’elle met en œuvre a un effet inattendu, lui permettant de découvrir le résultat des projets de Merlin.
Pendant ce temps, ce dernier met son plan en action, aidé de Morgane qui a de plus en plus de doutes, et s’adjoignant le soutien d’une nouvelle nécromancienne, Hesat, au pouvoir terrible. Entre leurs mains, les humains ne sont que des jouets, et l’horreur de ce qu’ils mettent en branle apparaît à Néa et ses amis dans tout ce qu’elle a de plus désespéré.

Chronique :

J’ai commencé ce troisième tome avec une grande curiosité, à me demander quelle pirouette l’auteur allait trouver pour retourner la situation et ne pas laisser Néa hors-jeu. Le résultat est assez étourdissant, à nous faire naviguer sans cesse entre Moyen-Âge, temps présent et avenir apocalyptique. Comme dans les volumes précédents, les surprises sont nombreuses, autant que les péripéties, et l’action ne manque pas.
Toutefois, l’excursion dans le futur est également l’occasion mine de rien de donner à réfléchir sur la nature humaine, sur ses besoins et motivations fondamentaux, avec tout un panel de défauts peu charitable et très cynique, quoique réaliste. Les sentiments apparaissent comme les moteurs principaux de bien des protagonistes, derrière l’avidité, l’égocentrisme et le narcissisme, la soif de pouvoir n’en étant que l’une de ses expressions. Les politiques en prennent pour leur grade, les religieux et les radicaux de tout poil également.
Merlin est désabusé au point d’en perdre toute humanité. Il considère l’humanité comme indécrottable, et même lorsqu’il rencontre des êtres qui justement démentent sa vision, au lieu de les voir comme un espoir, il les détruit aveuglément. Vous l’aurez compris, ce troisième tome se révèle donc très sombre, aussi torturé qu’un certain nombre de personnages.
Quant à Néa, toujours dotée de son caractère de cochon, elle continue de lutter vaille que vaille, en refusant de perdre toute intégrité. À présent qu’elle sait qui elle est et quel est son héritage, il lui reste à apprendre à s’en servir, mais les événements en décident autrement. C’est une fuite en avant qui semble n’avoir aucune solution. Mais que les amateurs de happy end ne désespèrent pas, la jeune femme est plus entêtée qu’un troupeau de mules !
Le personnage de Morgane a une évolution intéressante, et son don particulier est exploité d’une manière inattendue, que l’on ne voit pas venir, notamment parce qu’il nous manque un détail pour le comprendre jusqu’à la révélation finale. C’est habile et ménage un dernier rebondissement dans l’affrontement final.
Bref, ce troisième tome clôt en beauté cette trilogie, aussi échevelé que le précédent, et j’ai beaucoup apprécié l’évolution de Néa qui a finalement gagné en maturité, en maîtrise, et qui a pris totalement possession de son héritage, tout comme de son ambivalence. 🙂

Autres titres de la série :

Tome 1 : Memento mori (chronique)
Tome 2 : Post mortem (chronique)

Le 02.10.2019