L’Héritage des Rois-Passeurs

de Manon Fargetton, éditions Bragelonne, 2017, ISBN 978-2-8112-1823-2, 8.20 €

L’histoire :

Le jour des ses vingt ans, Enora perd toute sa famille, massacrée, dont son frère jumeau. Dans la foulée, elle se découvre un étrange pouvoir, celui d’ouvrir des passages vers un autre monde, Ombre, dans lequel elle se réfugie avec quelques alliés. Mais en Ombre, elle se retrouve également traquée.
Dans le même temps, la ville d’Astria, siège du pouvoir, est secouée par le retour de la princesse héritière Elouane, autrement appelée Ravenn, que son père pensait évincer du trône. Les tentatives d’assassinat se multiplient pour la princesse, qui doit faire preuve de finesse politique autant que de force. Et lorsqu’il s’avère que les dieux sont également de la partie, les choses ne peuvent que finir dans le sang…

Chronique :

Voici un autre de mes achats des Halliennales, sur lequel je n’avais pas vraiment de doutes, ayant déjà lu d’autres titres de l’autrice, dont sa trilogie jeunesse June que j’avais beaucoup appréciée.
Ici elle s’essaie à la fantasy adulte, et le pari est réussi. L’univers dans lequel les personnages évoluent est cohérent, les explications suffisantes sans être trop longues, tandis que les personnages sont des écorchés vifs, en particulier Enora et Julian. Il est intéressant de les voir évoluer, car loin d’être des héros, ce sont des gens ordinaires qui se retrouvent dans des situations extraordinaires. Ils doivent y faire face, tout en luttant contre leurs démons, ce qui peut parler au plus grand nombre.
La véritable héroïne selon moi, celle qui prend rapidement le devant de la scène et que l’on a envie de suivre, c’est la princesse Elouane. D’un tempérament fort, guerrière avisée, elle sait fédérer les loyautés et jauger ses interlocuteurs rapidement. Ayant très tôt refusé le carcan dans lequel on voulait l’enfermer en tant que femme et princesse, elle s’est émancipée en quittant Astria plusieurs années auparavant. Toutefois, elle avait promis de revenir monter sur le trône, et elle fait donc en sorte d’honorer sa promesse.
Ravenn est l’occasion d’aborder un certain nombre de thèmes qui courent tout au long de l’ouvrage, comme l’émancipation féminine, l’homosexualité, la misogynie, le rapport à l’art… Le tout avec finesse, sans se poser en donneuse de leçon. Ravenn est, le paraître n’a que peu d’intérêt à ses yeux.
Avec cette histoire de passage d’un monde à l’autre, je n’ai pas pu m’empêcher de penser aux cycles d’Ewilan et aux Marchombres de Pierre Bottero, mais ici les choses sont différentes. Pas de pas sur le côté, Enora creuse, et les lois qui régissent les mondes-miroirs n’ont rien en commun. J’ai beaucoup apprécié l’invention des Noirs Portraits, de même que le rapport des magiciens à la lumière, et le Gris, tandis que les Heures Sombres m’évoquaient American Nightmare. Tout se tient, le rythme est constant, de sorte qu’on avance dans la lecture sans s’en apercevoir et avec bonheur.
Bref, j’ai beaucoup apprécié ma lecture, et j’ai hâte de découvrir Les illusions de Sav-Loar. Pas à proprement parler une suite selon l’autrice, ce tome semblerait nous permettre d’en découvrir davantage sur les magiciennes que Bleue a introduites dans le récit. Je suis curieuse d’en savoir plus 🙂

Le 24.03.2019