Les Rhéteurs #2

Tome 2 : Grish-Mère

par Isabelle Bauthian, éditions ActuSF, 2018, ISBN 978-2-36629-861-1, 19 €

L’histoire :

Sylve Cabron est un factotum au service d’un noble de Landor, baronnie fière de ses chevaliers et de ses valeurs guerrières. Accusé à tort du vol d’une statuette, Sylve se lance à la poursuite du voleur, un saltimbanque avec lequel il s’était lié d’amitié et qui a trahi sa confiance. Pourchassé par les élèves de son école, laquelle ne supporte pas de voir son nom entaché, il se réfugie à Grish-Mère. Toutefois, les lieux obéissent à d’autres lois, en opposition totale avec tout ce qu’il a connu, et l’adaptation se révèle difficile, d’autant qu’elle remet en cause de nombreuses certitudes…

Chronique :

Voici un roman dense, complexe, qui n’hésite pas à s’attaquer à des thèmes de société pour y réfléchir : féminisme, sexisme, quête d’identité et sa négation, tolérance, racisme, religion… Ils sont très variés, amenés avec subtilité, et servis par des personnages également complexes, dont les desseins ne sont pas évidents.
Sylve, élevé dans un milieu sexiste, éduqué à nier sa propre personnalité et à paraître imperturbable en toutes circonstances, est totalement désarçonné, et s’il n’est pas particulièrement sympathique, on a malgré tout envie de le suivre et de le voir réussir. C’est par ses yeux que nous découvrons Grish-Mère, et ce sont deux mondes à l’opposé qui s’entrechoquent. Il y a d’ailleurs de l’outrance dans cette cité, qui ne se révèle finalement pas plus tolérante que les autres, puisqu’elle traite les hommes comme ailleurs on traite les femmes, et que ces dernières se doivent absolument d’enfanter pour se réaliser ou avoir un statut. Elle ressemble à un négatif de Landor, aussi rigide et discriminante.
Le récit se fait à la première personne, Sylve raconte. Il est émaillé de flashbacks qui donnent un rythme particulier mais dynamique, et il se montre habile. D’un côté, nous découvrons les pensées véritables du personnage, avec son langage à lui, une des rares marques de personnalité qu’il a conservées et qui trahissent ses origines, tandis que lorsqu’il prend la parole avec d’autres, il utilise le style maniéré appris lors de sa formation, très ampoulé et un brin condescendant. Les contradictions du personnage ne s’arrêtent pas là, elles sont nombreuses, et il n’en a pas conscience jusqu’à ce qu’on lui mette le nez dedans ou qu’on le force dans ses retranchements. Évidemment, il n’apprécie pas car ce n’est pas agréable, mais comme il aime apprendre avant tout, il évolue, et c’est cette lente et douloureuse évolution à laquelle nous assistons. La quête de la statuette et du voleur devient une quête de soi, et là encore, il n’en a pas conscience.
Bref, il s’agit d’un roman riche, dont l’humour n’est pas absent, fait pour porter à la réflexion, tout en proposant une intrigue prétexte à l’évolution du personnage et à l’analyse de thèmes de société. Intelligent et prenant.

Autre titre de la série, qui peut se lire indépendamment :

Tome 1 : Anasterry

Le 26.11.2018