Les illusions de Sav-Loar

de Manon Fargetton, éditions Bragelonne, 2017, ISBN 978-2-8112-3513-0, 8.20 €

L’histoire :

Vendus comme esclaves aux hommes du Sker, un puissant personnage, Fel, Tiriss, Bleue, Oreb et Guilhelm ne se connaissent pas. Certains viennent du royaume d’Ombre, d’autres non, mais ils ont en commun leur désir de liberté. Lorsque l’occasion se présente, aidés par un médecin, ils s’évadent et doivent s’entraider. Ils sont poursuivis par les hommes du Sker, mais également par les capes d’or, les magiciens d’Ombre, car Bleue a vu s’éveiller la magie en elle, d’une rare puissance. Aidés par les magiciennes de Sav-Loar, ils conduisent Bleue à l’abri dans la forêt, puis s’en vont à Astria, où chacun pense reprendre sa route selon son bon vouloir. Toutefois, les liens qu’ils ont tissé durant leur périple sont plus forts qu’ils ne le pensent…

Chronique :

Voici un roman volumineux, mais passionnant. Avec ce livre, nous replongeons dans l’univers du royaume d’Ombre, et nous en découvrons d’autres aspects : Sav-Loar, un empire, des îles… L’histoire se déroule en divers lieux et s’étend sur un temps long, si bien que s’il commence avant L’Héritage des Rois-Passeurs, le roman se termine après et il vaut donc mieux avoir lu l’autre volume auparavant.
Le récit opère de plusieurs points de vue, si bien que nous apprenons à mieux connaître plusieurs personnages. Fel et Bleue ressortent en particulier, des caractères totalement différents, avec des cheminements propres. De même, Til’Enarion, Traqueur lancé après Bleue, fait l’objet d’une mise en lumière, si bien que nous connaissons ses motivations et ses réflexions. L’avantage du choix de ce temps long, c’est que nous voyons les personnages changer, évoluer au gré des épreuves et des rencontres, tachant de se relever et de faire face malgré la souffrance, la colère ou la frustration. Tous vont de l’avant, déterminés, et chacun s’invente un chemin propre en fonction de ses aspirations.
Quant à l’intrigue, elle se suit aisément, avec des ramifications qui construisent une unité avec le premier roman. L’autrice tisse des liens entre ses deux livres, ce qui nous donne un autre éclairage sur certaines scènes, puisqu’elles sont vues ou vécues par d’autres protagonistes. Le changement de point de vue est intéressant et enrichit le récit.
Autre point très important du roman, le rapport entre les sexes, abordé à travers la guerre d’usure menée entre les magiciens du Clos et les magiciennes de Sav-Loar. À travers cette opposition, l’autrice explore les relations homme/femme, les injustices, les facilités, les raccourcis de pensée et l’endoctrinement. La politique a sa part, mais subtilement. Dans le tableau qui nous est présenté, on s’aperçoit que certains individus sont moteurs, qu’ils peuvent initier le changement, dans un sens ou dans l’autre. Chacun est responsable de la manière dont il voit les choses, de les remettre en question, au lieu de rester dans des habitudes confortables mais pas forcément justes. L’inconfort et l’incertitude du changement sont abordés, les tiraillements entre conscience, aspirations personnelles, cicatrices du vécu, volonté de justice ou d’honnêteté et sentiments également. Les personnages sont profondément humains, et qu’ils aient des pouvoirs ou non ne rend pas l’introspection plus facile. Celle-ci arrive toujours à un moment ou à un autre et ils doivent faire des choix.
Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est l’aspect bienveillant du regard de l’autrice sur ses personnages, et le positif qui ressort des choix et des prises de conscience. L’espoir est toujours là, alimenté par la compréhension, l’amour et l’empathie.
Bref, c’est un excellent roman, touffu, qui aborde de nombreux thèmes sans se poser en donneur de leçons. L’évolution des personnages est à la fois riche et enrichissante, elle offre matière à réflexion, tout en proposant une intrigue divertissante.

Pour lire un extrait, c’est par ici !

Dans le même univers et précédant ce volume :

L’Héritage des Rois-Passeurs (chronique)

Le 08.04.2020