Les chats des neiges ne sont plus blancs en hiver

de Noémie Wiorek, éditions L’Homme sans Nom, 2020, ISBN 978-2-9185-4187-5, 9.99 € en e-book ou ISBN 978-2-918541-68-4, 21.90 € en version papier.

L’histoire :

Autrefois, Morz était une terre glacée où il était difficile de survivre tant le froid était terrible. Désormais, elle s’est réchauffée et plus personne ne sait à quoi ressemble la neige depuis des siècles. Tandis que les nobles s’en félicitent, un mystérieux personnage, baptisé Noir, mène une guerre d’usure pour détrôner le jeune prince Jaroslav et ramener la neige. Aidé par les sorcières et surtout le Second, il met sur pied attaques et raids éclairs, avec pour troupes quelques guerriers humains et surtout les N’dus, un ancien peuple qui s’est vu peu à peu refoulé dans des cavernes obscures. Toutefois, la famille régnante cache un lourd secret, et la folie n’est pas loin, d’un côté comme de l’autre…

Chronique :

Je remercie les éditions de L’Homme sans nom pour ce service de presse proposé en même temps que Carne 😉 Il s’agit d’un roman de fantasy, et j’avoue qu’avec les deux prologues, je ne savais pas trop sur quel pied danser. Mais une fois la première partie entamée, j’ai été prise par le récit, curieuse de savoir comment les choses allaient évoluer, qui était Noir, quel secret cachait la reine mère, etc…
Il s’agit d’un roman épais, découpé en trois parties, elles-mêmes encadrées par deux prologues et deux épilogues. Au cours du récit, nous suivons différents personnages dans une narration à la troisième personne : Noir, Agnieszka et leur troupe ; Jaroslav, Tomislav et la cour ; et par moment, d’autres personnages moins récurrents, qui permettent de donner un autre point de vue sur les événements et leur déroulement, comme la petite fille ou les sorcières… On assiste à une montée en puissance du récit, avec une grosse dose de suspense dans la troisième partie, et de nombreux rebondissements.
La trame est complexe, les réponses et les mystères ne se dévoilent pas facilement, de même que certains protagonistes. Agnieszka est une énigme pendant longtemps, Noir plus encore, quant aux créatures tombées du ciel, arrivée à la fin du roman, je ne sais toujours pas d’où elles viennent et pourquoi elles ont chuté ainsi.
Ce qui est remarquable dans cette histoire, c’est que les personnages qui veulent voir le retour de l’hiver se battent de toutes leurs forces pour cela, alors qu’ils n’ont aucune idée de la morsure cruelle du froid. Ils ne savent pas combien il était difficile de se nourrir, de se chauffer, que la lumière du soleil pouvait manquer, mais qu’importe, le froid est le meilleur remède à l’envahisseur qui s’est installé. Il est le symbole d’une ère rêvée, mythique, embellie par la mémoire et le passage du temps. Le thème du réchauffement climatique n’est pas loin, mais dans une version plus magique.
Autre point non négligeable du livre, ce sont les différents liens très forts qui se tissent ou se sont tissés au fil du temps entre certains protagonistes. Jaroslav est à la fois dépendant de sa foi, des prêtres et de Tomislav, tout en cherchant à s’émanciper de la tutelle de sa mère. Sa famille ne se maintient au pouvoir que grâce au secret qui se cache dans la tour. Agnieszka continue de suivre Noir et de faire ses quatre volontés depuis des années, quand bien même elle n’approuverait pas ses choix, avant de se retrouver liée malgré elle à Tomislav. Quant aux sorcières, elles sont étroitement liées à leur animal totem, leurs vies se révélant entrelacées jusqu’au décès de l’un ou l’autre. Les N’dus sont liés à l’obscurité et à leurs grottes, en dehors desquelles le soleil peut signer leur arrêt de mort.
Si Agnieszka et Jaroslav cherchent toujours leur voie, les autres avancent avec certitude et une certaine arrogance, sans trop d’égards pour les victimes de leurs manœuvres. Du reste, chacun fait des victimes, c’est un monde violent, où les femmes doivent se soumettre au patriarcat installé par les envahisseurs et les prêtres, et la disparition du froid ne semble pas avoir adouci les mœurs. La tolérance n’est pas au menu, encore moins l’ouverture d’esprit ou la curiosité pour d’autres cultures.
Bref, il s’agit d’un roman dense, riche, très construit, qui vous happe passés les deux prologues, et la fin vers laquelle il avance à quelque chose d’irréversible. Je l’ai apprécié, avec toutefois une petite déception concernant les révélations sur Noir et son lien avec Agnieszka. Je m’attendais à quelque chose d’autre, de plus impressionnant, tout comme je regrette de ne pas avoir de réponses concernant les créatures du premier prologue. En dehors de ce petit bémol, c’est une lecture très agréable, solide, et de quoi passer un excellent moment !

Pour découvrir les premiers chapitres du livre, c’est par ici !

Le 18.09.2020