Le Sixième Monde #1

Tome 1 : La Piste des éclairs

de Rebecca Roanhorse, éditions Milady, 2020, ISBN 978-2-8112-2368-7, 9.99 € en e-book ou ISBN 978-2-8112-2966-5, 14.90 € en version papier.

L’histoire :

À Dinétah, ancienne réserve navajo, la population survit alors que les Grandes Eaux ont ravagé le reste du monde derrière le Mur. Toutefois, les dieux et les monstres sont revenus, de sorte que la vie est difficile, dangereuse, d’autant qu’une sécheresse sans précédent frappe ces terres.
Maggie est une tueuse de monstres, élevée par un héros légendaire qui lui a tout appris, puis qui l’a abandonnée du jour au lendemain. Compétente mais mal dans sa peau, ne se sentant pas légitime, elle répond à l’appel à l’aide d’une mère dont la fillette a été enlevée par un monstre. Toutefois, Maggie découvre rapidement que la créature n’est que la première et qu’il se trame quelque chose de bien plus sombre qu’elle ne le pensait au premier abord. Aidée par un homme-médecine aux talents tout aussi surnaturels que les siens, la jeune femme mène l’enquête pour arrêter la catastrophe imminente, et doit aussi bien faire face à son passé qu’aux manipulations des dieux…

Chronique :

Voici un roman d’urban fantasy à l’univers original, qui mêle légendes, panthéon indien et monde post apocalyptique. Suite à une catastrophe climatique, la Terre est ravagée, envahie par les eaux, mais l’ancienne réserve navajo Dinétah s’en sort mieux que les autres grâce à la prévoyance du Conseil tribal. Malgré tout, la vie est rude, la loi du plus fort a tendance à régner, et la magie a refait son apparition. Certains se voient donc dotés de dons liés à leurs noms, et il leur faut vivre avec, en bien ou en mal. Maggie est de ceux-là, avec des dons qui la prédisposent à exercer l’activité que lui a apprise Neizghani, mais qui fait d’elle une paria. Solitaire, elle n’a de liens qu’avec un vieil homme-médecine, Tah, qui est l’un des seuls à la considérer sous un jour positif. C’est en allant lui demander conseil qu’elle va rencontrer son futur compagnon de route, son petit-fils, Kai.
Le récit se fait à la première personne, par Maggie, si bien que nous savons exactement comment elle se voit et comment elle analyse les différentes situations. Si elle n’a pas une très haute opinion d’elle-même, c’est en raison de ses dons et de l’abandon de son mentor, qui est parti sans explications. Elle rumine cet événement depuis plus d’un an, mais malgré le déficit de confiance en soi que cela provoque en elle, elle se bat et va de l’avant. Il faut dire qu’elle est têtue, obstinée, et qu’elle a conscience de ses atouts, même si elle ne les apprécie pas plus que ça.
Kai est l’autre personnage principal de l’histoire, bien qu’il s’efface un peu devant Maggie. Pourtant, il est beaucoup plus solaire et expressif qu’elle. C’est un duo intéressant, car il inverse les tandems traditionnels, où les hommes s’occupent de l’action et les femmes restent en retrait pour soigner, entre autres choses. Ici, Kai est le guérisseur, et bien plus encore, tandis que Maggie est celle qui va au combat.
Deux autres personnages ont un rôle non négligeable dans cette histoire, dont un paradoxalement absent presque tout du long, Neizghani. Il est le portrait typique du mâle dominant, macho et possessif. Quant à Coyote, c’est un roublard manipulateur, qui tente d’utiliser Maggie et Kai…
Les personnages sont donc plutôt soignés, leurs relations sont réfléchies, évoluent, tandis que l’intrigue est loin d’être prévisible. Le côté « exotique » du roman vient du fait que nous nous retrouvons plongés dans une culture qui nous est à peu près inconnue, une occasion de la découvrir, renforcé par l’utilisation de vocabulaire navajo pour désigner certains personnages, fonctions, dons… Ils donnent encore plus de cohérence à cet univers, et ce, d’autant plus lorsque l’on est un lecteur européen sans connaissances particulières sur la culture amérindienne.
Enfin, la trame du récit est solide, l’action bien dosée, on dévore le livre pour savoir de quoi il retourne, tandis que la magie se manifeste de différentes manières : les pouvoirs de Maggie et de Kai, le mode de transport des divinités et héros, l’antre de Mosi, les monstres…
Bref, tout ces éléments font que ce premier tome est captivant, on apprend à connaître Maggie et à l’apprécier, si bien que le deuxième tome se révèle particulièrement tentant !

Autre tome de la série :

Tome 2 : Le Fléau des locustes

Le 11.09.2020