La Voleuse sans ombre

par Emily Gee, éditions Bragelonne, 2017, ISBN 979-10-281-0897-7, 10 €

L’histoire :

Melke a le don de se rendre invisible, comme son frère. Pour sauver ce dernier, prisonnier de salamandres à la suite d’une imprudence, elle doit se résoudre à devenir un Spectre, une voleuse invisible. La vie de son frère en échange d’un étrange collier. Alors qu’elle croit son acte sans conséquences, elle va sans le vouloir renforcer une malédiction qui frappe la famille sal Vere, détentrice du bijou. Bastian, le dernier fils de la famille, capable de parler aux chiens, va alors la traquer, accompagné d’Endal, un énorme molosse noir aux yeux de glace. Malgré leur inimitié, l’un et l’autre vont devoir unir leurs forces pour sauver ceux qui leur sont chers…

Chronique :

Ce livre était dans ma PAL depuis un bon bout de temps (2017), et en la passant en revue, je me suis décidée à m’y plonger.
D’une construction assez simple, même si quelques flashbacks viennent agrémenter le récit principal, sa plus grande force concerne la psychologie des personnages et l’évolution de leurs relations. Chacun est tiraillé par les affres d’une situation insoutenable, se retrouve à agir à l’encontre de ses tendances naturelles, de ses valeurs, et à devoir en affronter les conséquences. L’autrice les place face à des choix difficiles, auxquels ils font face, et c’est de cette manière qu’ils révèlent qui ils sont à l’intérieur et se révèlent à eux-mêmes autant qu’aux autres.
Elle nous offre ainsi différents exemples de courage, de dévouement et d’abnégation, où le bien-être et la sécurité des proches surpassent l’intérêt personnel. Les dons naturels ne font pas tout, ce sont avant tout leurs choix qui déterminent les personnages, leurs actes, et ce qu’ils cachent.
Ainsi, on voit petit à petit l’évolution des sentiments en apprenant à connaître l’autre, et combien les attitudes de façade sont trompeuses si on se contente de ne pas chercher plus loin. Là où les personnages affichent un visage de parade pour conserver un minimum de dignité, les autres y voient, à tort, du mépris ou de l’arrogance. L’autrice aborde ainsi des thèmes universels, dans une invitation à dépasser les apparences et à faire preuve de compréhension, de tolérance et d’empathie.
J’ai beaucoup apprécié le rôle d’Endal dans l’histoire, ce chien dont nous découvrons les pensées grâce au don de Bastian. À bien des égards, il se révèle plus perspicace que son maître et va au-delà des apparences. Sans lui, Bastian n’évoluerait pas comme il le fait, et serait beaucoup moins sympathique !
Bref, si vous attendez des vols audacieux, des combats héroïques ou de la magie à grand spectacle, ce roman ne vous satisfera pas. En revanche, si vous aimez les livres qui vous proposent des personnages très humains malgré leurs dons, avec une évolution intérieure riche, vous devriez y trouver votre compte.

Le 23.10.2019