À ma vie À ta mort

de Sandra Triname, éditions Plume Blanche, 2017, ISBN 979-10-94786-21-5, 18 €

L’histoire :

Harvey est un vieux flic, ancien sniper, qui travaille à la criminelle. Alors qu’il lui reste peu de temps à faire avant la retraite, son patron lui confie une jeune recrue, Mike Sullivan, comme coéquipier, afin qu’il le forme. Ainsi, ils vont tous deux se retrouver à enquêter sur l’affaire Hadès, un tueur en série qui incise et cautérise ses victimes au point de les rendre méconnaissables. Toutefois, alors qu’ils font une avancée significative, le FBI les dessaisit du dossier. Mais le Destin a parfois des voies surprenantes, et quand les forces surnaturelles décident de s’en mêler pour de bon, les choses changent d’office, surtout lorsque la folie des hommes provoque une catastrophe comme le 11 septembre…

Chronique :

Ce roman est l’un de mes achats des Halliennales, dont la très belle couverture m’a intriguée. Je me suis laissée tenter et je n’ai aucun regret, car j’ai passé un excellent moment avec ce livre.
L’intrigue est solide, complexe, les personnages attachants, et je l’ai trouvé originale dans sa manière de mêler monde moderne et panthéon grec ancien, avec une touche de représentation plus chrétienne, ou tout du moins purement occidentale (la faux, le terme Faucheuse…).
J’ai beaucoup apprécié le personnage d’Harvey, vieux grincheux au cœur d’or, dur mais juste, et plus soucieux d’autrui qu’il ne le paraît. Une vraie figure paternelle pour Mike, jeune poulain fraîchement diplômé, plein d’idéaux et d’illusions. De même, Ambre est extrêmement attachante, pour son courage, son caractère, et la force dont elle a fait preuve tout au long de ce qu’elle  endure. On ne peut qu’être de son côté, même si je regrette un peu la part d’ombre que l’épilogue semble suggérer et qui la fait, apparemment, jouer les bourreaux par vengeance.
Quant aux dieux, j’ai aimé que l’autrice sorte des sentiers battus en ne faisant pas d’Hadès le méchant de l’histoire (chose courante dans les fictions qui le mettent en scène, notamment hollywoodiennes). S’il reste un dieu évoluant dans le système de croyance grecque, lequel est plutôt rigide et nie le libre-arbitre, cette divinité n’est pas d’office, par un raccourci facile et inopportun, ou un glissement mal venu du terme Enfers à l’Enfer chrétien, un équivalent du Diable, loin de là. L’autrice a doté Hadès de qualités appréciables, d’un système de valeurs auquel il se tient, ce qui le rend honorable et un peu plus sympathique, dans la mesure où un dieu grec peut l’être (les humains n’étant que des jouets devant se soumettre, la sympathie reste limitée…^^) J’aime également l’invention des ombres brumeuses qui sont à ses ordres.
Outre les coquilles assez nombreuses par endroits, je regrette que dans le livre, il y ait par moments des redites, qui donnent l’impression que l’on tourne en rond, qui ne sont pas des effets de style, et qui auraient pu être élaguées. On revient régulièrement sur la cruauté de l’humanité, la bassesse et les exactions dont les Hommes sont capables, tout comme l’autrice insiste également sur leur insignifiance aux yeux des dieux et leur totale impuissance devant les décisions du Destin. Harvey est l’occasion à plusieurs reprises, de même que Mike et Ambre, de dénoncer ces réalités, toutefois à force de revenir dessus, cela devient lassant et n’apporte rien au récit. C’est dommage car il y a effectivement matière à dénoncer, mais le dosage est trop lourd à mon sens.
Malgré tout, ce livre reste une excellente lecture, que l’on a du mal à lâcher une fois commencée. Le texte est travaillé, avec des effets de style bien visibles, notamment dans le prologue, les personnages ont une réelle identité, et la revisite des dieux, notamment Hadès, est imaginative, tout en respectant la conception grecque de la place des divinités et des Hommes. Il y a matière à réfléchir sur la justice et la vengeance, sur la responsabilité de chacun dans ce que ses actions impactent autrui, et la double intrigue est captivante. Un roman réussi, que je recommande. 🙂

Le 29.01.2019