Waterwitch

par Alex Bell, éditions du Chat Noir, 2019, ISBN 978-2-3756-8106-0, 5.99 € en e-book ou 978-2-3756-8102-2, 19.90 € en version papier.

L’histoire :

Emma est coincée dans un fauteuil roulant suite à un accident dans la cave de l’auberge de sa grand-mère. Depuis, sa mère est en froid avec la vieille dame. Mais lorsque celle-ci demande à voir Emma, la jeune fille décide de lui rendre visite et de renouer avec elle. Sa grand-mère lui confie les clés du Waterwitch, son auberge qu’elle a mise en vente, afin qu’elle les donne à l’agent immobilier. Elle lui fait cependant promettre de ne surtout pas y entrer, l’affirmant maudite et hantée. Toutefois, apercevant un soir des lumières dans le bâtiment, Emma décide d’en avoir le cœur net. Elle constate alors des phénomènes étranges, et décide de mener l’enquête sur l’histoire des lieux et la légende qui les concerne…

Chronique :

Ce roman me tentait depuis longtemps, et pas seulement par sa couverture magnifique ! 😉 Je ne regrette pas cette lecture, car son personnage principal, Emma, est attachant. La jeune fille est courageuse, généreuse, on apprécie le tandem qu’elle forme avec son chien Bailey, et ses amis d’enfance également. Chacun a vécu des choses difficiles, ou en vit encore, se débat comme il peut avec sa situation, et fait de son mieux pour arranger les choses tout en protégeant ceux qu’il aime. Or, ce n’est pas chose aisée quand le fantastique s’invite dans l’histoire, et encore moins quand la folie est suspendue au-dessus de leur tête comme une épée de Damoclès.
Comme le laisse supposer le titre, et le nom de l’auberge qui ne font qu’un, il est ici question de sorcières, mais également d’esprits, de hantise. L’auberge a été construite avec les restes d’un navire naufragé, ce qui peut déjà en soi présager de sombres événements, mais en plus le bateau a été maudit. Petit bout par petit bout, l’autrice met en place une ambiance angoissante dans ce bâtiment, avec des observations étranges d’Emma qui rationalise au début, avant de finir par douter. Et si le doute s’installe de plus en plus, cela est dû à Shell, la petite sœur de Jem, son ami d’enfance, car cette dernière non seulement ne doute pas, mais voit des choses qu’elle est la seule à voir. Espérant la tranquilliser, Emma décide d’en apprendre plus et c’est ainsi que nous découvrons le passé des lieux, mais aussi du navire et les événements tragiques qui se sont déroulés. C’est un lourd héritage et à partir du moment où il n’est plus possible de quitter les lieux, il ne reste qu’une solution, affronter le danger.
Peu à peu, il s’opère un glissement quant à la prépondérance de tel ou tel personnage. Plus on avance dans le récit, plus Shell prend de l’ampleur, même si Jem et Emma restent très présents. Il faut dire que le récit est un récit chorale, car la narration se fait à la première personne, mais chacun des trois prend la parole. Grâce à cette vision fractionnée que nous avons des événements, nous en savons un peu plus que chaque personnage puisque nous pouvons croiser les informations. Et cet afflux d’informations, d’expériences, renforce l’aspect inquiétant du Waterwitch, car nous constatons par leur biais qu’il se passe des choses réellement particulières. Dans le même temps, par le récit à la première personne, on se retrouve tiraillé entre deux versions possibles quant à l’interprétation des événements. Nous avons tendance à adhérer à la vision des choses de Shell, et lorsque le narrateur change, s’inquiétant de sa santé mentale, on comprend pourquoi il considère les choses sous cet angle.
Bref, le récit est habile, agréable à suivre, en revanche la ponctuation est un peu lacunaire et m’a parfois gênée dans ma lecture.Cela ne gâche en rien la qualité de l’histoire, l’ambiance bien posée, pesante, et le fantastique est bien dosé pour provoquer le frisson sans aller jusqu’à l’horreur. Un roman dont je garde une bonne impression 🙂

Le 13.01.2021