Nox

par Éloïse Tanghe, éditions du Chat noir, 2018, ISBN 978-2-37568-063-6, 19.90 €

L’histoire :

Théa est une jeune fille assaillie en permanence par des voix, comme le fut sa mère avant elle. Alors qu’elle sort d’un hôpital psychiatrique dans lequel son père l’a fait enfermer enfant, elle tente de se bâtir une nouvelle vie. Toutefois, il n’est pas facile d’étouffer les voix, surtout lorsqu’elles lui demandent de retrouver Elias, un jeune homme vivant à Clairemont. Or, ce dernier a mis à jour des légendes anciennes sur le village et Théa semble y être liée. Lorsqu’elle se rend compte que les manifestations sont plus fortes là-bas, la jeune fille veut comprendre, même si cela pourrait ne pas être sans danger…

Chronique :

Ce titre est l’une de mes acquisitions des Halliennales, et je peux dire que j’ai fait bonne pioche ! La couverture est juste magnifique, et l’écriture à l’avenant. Le récit alterne entre Théa et Elias, chacun racontant les choses à la première personne, ainsi qu’un autre narrateur, non identifié, et à forte connotation fantastique. Jusqu’à la fin on ignore de qui (ou de quoi) il s’agit, même si on échafaude plusieurs théories en cours de lecture et qu’on finit par avoir sa petite idée. À aucun moment, elle n’est confirmé ou infirmée clairement, et je pourrais dire que cela fait partie du jeu 😉
La construction du récit est habile, car on voit peu à peu se profiler le schéma de l’histoire, avec la pointe d’horreur qui grandit devant son aspect inéluctable. Grâce au troisième narrateur, on comprend ce qui s’est passé au XVIIe siècle davantage que les personnages principaux, avec toutes les répercussions et implications que cela met en œuvre. Eux restent aveugles longtemps, très longtemps, et semblent piégés, condamnés à jouer la scène que l’on a prévue pour eux.
Clairemont semble presque être une entité à elle seule, faite d’une multitude d’âmes dont la noirceur et les exactions vont croissant avec le temps, par accumulation. La lâcheté et l’étroitesse d’esprit, le puritanisme au sens moderne et toutes les petites vilénies dont sont capables les humains ont l’air d’être concentrés dans les lieux.
Quant aux personnages, ironiquement et comme le fait remarquer Cléa à un moment, Théa est la plus saine d’esprit et la plus honnête de tous, tandis que tous les autres se perdent dans les méandres de leurs envies, peurs, angoisses et colères… L’écriture est maîtrisée, agréable, et j’ai beaucoup apprécié la manière dont les sentiments sont décrits, notamment pour Éléonore, avec délicatesse, élégance et sobriété à la fois.
Bref, je suis ravie de ma lecture, une belle découverte, et j’ai passé un excellent moment avec ce livre, même si j’aurais aimé une autre fin, un avis éminemment personnel pour le coup. Celle-ci est tout à fait cohérente, bien menée et amenée, et elle parachève le roman, le boucle totalement en accord avec l’ambiance créée tout du long. Excellent 🙂

Le 31.10.2018