Le Waldgänger

de Jeff Balek, éditions Bragelonne, 2014, ISBN 978-2-8205-1762-3, 12.99 € en e-book ou ISBN 978-2-35294-756-1, 22 € en version papier.

L’histoire :

Blake est un ancien militaire envoyé en mission pour sécuriser des fouilles archéologiques en Afghanistan. Sur place, alors qu’il est sur le point de mourir d’atroces blessures, il est miraculeusement sauvé et ignore comment. Ses blessures guérissent à une vitesse extraordinaire, sauf celles de son visage qui le laissent défiguré. Rentré chez lui, il découvre qu’il n’a plus aucun véritable lien avec sa femme et sa fille, trop souvent absent et devenu un étranger. Alors que sa réalité se met à dérailler, un vieil homme, Hasverus, lui offre des réponses et tente de l’aider à y voir plus clair. Mais Blake a le sentiment qu’il ne lui dit pas tout, et que tous le manipulent d’une manière ou d’une autre…

Chronique :

Voici un roman à la frontière entre deux genres, le fantastique et la science-fiction. Le fantastique se signale par l’incompréhensible qui arrive à Blake, au point qu’il s’interroge sur sa santé mentale, et la science-fiction tient davantage à l’univers dans lequel il évolue, très semblable à n’importe quelle grande ville américaine, mais avec quelques innovations technologiques et une décadence bien entamée. De fait, le monde de Yumington est sombre, Blake en a une vision assez désespérante, pessimiste, tout comme de lui-même. Il se considère comme un junkie de l’adrénaline, ce qui explique ses missions incessantes, même s’il a quitté les rangs de l’armée suite à une blessure. D’où son étonnement  et sa suspicion lorsque celle-ci prend en charge ses soins et son rapatriement au pays.
Le roman se découpe en six parties, qui vont crescendo dans l’intensité dramatique. La narration est à la première personne, si bien que l’on a l’impression d’être dans la tête de Blake. Le style s’en trouve impacté, avec beaucoup de questions directes qui illustrent les doutes et les interrogations du personnage. Nous ne voyons les choses que par son entremise, si bien que tout dépend de lui, narration comme progression du récit.
Avec ce personnage, l’auteur a choisi quelqu’un qui n’est ni un héros, ni un anti-héros. C’est un homme normal, avec ses forces et ses failles, toutefois il reste honnête avec lui-même, du moins s’y efforce-t-il, et se tient à ses valeurs. Dans les premières parties, on a l’impression qu’il n’est que dans la réaction, bringuebalé par les événements, et toujours avec un temps de retard. Le point de bascule se fait lorsque le siège se met en place et qu’il n’a plus rien à perdre, mais que par esprit de contradiction, il décide de jouer les trouble-fêtes dans l’horreur qui a été planifiée. C’est là qu’il évolue peu à peu, et se révèle à lui-même, en passant par une épreuve extrême !
Bref, ce roman est addictif, il se lit très bien, et s’il se montre particulièrement sombre au début, la seconde moitié tend vers plus de lumière et d’espoir, même s’ils sont toujours teintés de cynisme et d’ironie. Au final, on a envie de savoir comment se poursuit la vie de Blake après ses épreuves 🙂

Le 05.05.2021