Le Kabbaliste de Prague

de Marek Halter, éditions J’ai lu, 2016, ISBN 978-2-2901-3630-0, 7.70 €

L’histoire :

religion Juifs persécutions protecteur golem Verbe magieAu tout début du XVIIe siècle, alors que les guerres de religion secouent l’Europe, les habitants de l’enclave juive de Prague redoutent de nouveaux massacres. Le MaHaRal, leur chef religieux, accepte sous la pression populaire de donner vie à un protecteur grâce au pouvoir du Verbe. Naît ainsi Golem, être d’argile à la puissance redoutable, insensible à la douleur physique. Toutefois, ceux qu’ils protègent oublient rapidement qu’il représente un miracle à honorer et à respecter, et la manière dont ils le traitent va déclencher leur propre malheur…

Chronique :

Ne connaissant à peu près rien sur le golem, c’est en lisant Des robots et des hommes de Laurence Devillers que m’est venue la curiosité de lire ce roman. Là où je m’attendais à un ouvrage dans la franche veine fantastique, j’ai découvert plutôt un roman de type historique où le fantastique est finalement traité comme une réalité établie. On se rapprocherait donc plus de la fantasy du point de vue de la définition, toutefois la parenté avec le Frankenstein de Mary Shelley m’a semblé si évidente que j’ai décidé de classer Le Kabbaliste de Prague dans la même rubrique.
En effet, tout comme la créature de Frankenstein, Golem est un être créé de toutes pièces, à qui son créateur donne vie. L’un par la science, l’autre par la grâce divine, mais tous deux sont dotés d’une force phénoménale et affligés d’une apparence monstrueuse. Cependant, si à la naissance de l’un préside l’ego d’un génie, pour l’autre, ce sont la sagesse, l’humilité et la désapprobation qui dominent. Le MaHaRal a en effet conscience de la responsabilité d’une telle création, de ses implications et de la versatilité de la foule. En revanche, l’une comme l’autre création finit par tuer et nécessiter des mesures drastiques.
Avec ce roman, j’ai découvert une partie de la culture juive, qui m’était à peu près étrangère, sur fond d’Europe à feu et à sang par les luttes entre catholiques et protestants. La violence ayant toujours la fâcheuse manie de déborder, les habitants des villes juives se voient régulièrement pris pour cible. Du côté du golem, si j’ai apprécié les questions que son existence soulève, j’avoue que j’ai longtemps attendu qu’on en vienne au fait. En effet, il n’apparaît dans le récit qu’aux deux tiers du livre, et son traitement n’est pas fait pour provoquer le frisson ou l’effroi. La scène du carrosse est bien plus efficace dans ce registre…
Bref, ce livre reste agréable à lire, emprunt d’humanité, et plus porté à provoquer la réflexion que le frisson, tout en proposant une immersion dans une culture qui n’est pas prédominante dans la littérature, mais qui a donné naissance à un mythe dont l’imaginaire a eu tôt fait de s’emparer.

N.B. : Une adaptation en bande dessinée a été réalisée, aux éditions Glénat.

Le 11.12.2017