La Princesse au visage de nuit

de David Bry, éditions L’Homme sans nom, 2020, ISBN 978-2-918541-72-1, 19.90 €

L’histoire :

Hugo est de retour à Saint-Cyr, le village de son enfance, bien malgré lui. Ses parents, qu’il n’a pas revus depuis qu’il a été retiré à leur garde, viennent de mourir dans un accident de voiture. Alors qu’il espère ne plus remettre les pieds dans ces lieux qui lui rappellent ses souffrances, l’enquête de gendarmerie met à jour des informations surprenantes. Obligé de rester pour tirer les choses au clair, Hugo est contraint par les événements à affronter le passé, ses souvenirs ou leur absence, pour tenter de comprendre ce qui lui est arrivé il y a de nombreuses années. La légende de la Princesse au visage de nuit semble y occuper une place centrale, mais quel rôle a-t-elle réellement joué ?

Chronique :

Je remercie les éditions L’Homme sans nom pour ce service de presse avec lequel j’ai passé un excellent moment.
En effet, ce roman nous propose un fantastique efficace, bien construit, bien amené, au travers d’un personnage tourmenté, Hugo, qui a oublié une partie de son passé. Dans l’histoire, Hugo n’est pas le seul protagoniste qui soit en proie à une souffrance que le temps n’a qu’adoucie, et qui reste vivace dès que l’on remue les événements et les souvenirs. Hugo est un rescapé, mais ses amis Sophie et Pierre n’en ont pas réchappé. La sœur de Sophie est devenue gendarme pour essayer de comprendre, et c’est avec elle qu’il va creuser des événements anciens et affronter des révélations de plus en plus glauques. Certains habitants du village ont leurs secrets, sont responsables ou victimes de traumatismes, et la Princesse au visage de nuit représentait une échappatoire à laquelle Hugo et ses amis croyaient étant enfants.
Aujourd’hui adulte, le jeune homme n’est pourtant pas « guéri », dans le sens où son amnésie lui est incompréhensible et le prive d’une résilience qu’il se met à chercher ardemment. Il veut tourner la page, mais la compréhension de ce qui leur est arrivé dépend de ses souvenirs qu’il doit retrouver. Le voici donc obligé d’enquêter, comme son amie gendarme. La différence est qu’il va finir par s’aventurer sur la piste du fantastique, de la légende de la Princesse, alors que la jeune femme se doit de s’en tenir aux faits et aux preuves par son métier.
Comme souvent avec le fantastique, Hugo est témoin de phénomènes qui le font douter de sa santé mentale. Toutefois, comme tout le ramène à la Princesse, il finit par les accepter et se laisser guider, petit bout par petit bout, grâce aux révélations des anciens qui l’ont connu enfant et pour qui la légende n’était pas que cela.
L’atmosphère est bien rendue, la campagne, la forêt et le village ont un côté hors du temps, qui entre en collision avec la vie trépidante à Paris que le jeune homme connaît. À Saint-Cyr, le rythme est plus lent, soumis à la nature, dans laquelle s’insèrent sans peine les légendes locales et les on-dit. J’ai lu ce roman alors que j’étais en Brocéliande, ce qui m’a donné l’impression d’une immersion totale dans le récit. Il pourrait très bien s’y dérouler !
La force de l’histoire tient également à la galerie de personnages, dont beaucoup connaissent une forme de mal-être qui trouve ses racines dans l’enfance. Chacun fait comme il peut, se raccroche à ses amis, que ce soit ceux qui vivent à Paris, ou ceux qui sont restés au village. La solidarité et l’entraide leur permettent de tenir, mais c’est la vérité qui offre la possibilité de cicatriser enfin.
La figure de l’adulte est bien écornée, sa responsabilité dans les souffrances enfantines est lourde, au point que seule la magie, en désespoir de cause, semble capable de rétablir un minimum de justice. Un certain nombre d’entre eux ont failli, tandis que d’autres ont aidé, eux-mêmes blessés par la vie. Dans l’affaire, l’égoïsme des « grands » est la source de nombreuses douleurs, alors que la gentillesse et la compassion sont un réconfort, ou un répit.
Bref, il s’agit d’un roman riche, dont l’atmosphère vous happe, avec une résolution finale bien trouvée, inattendue, dont la révélation permet enfin au personnage principal d’entrer en résilience et de se délester d’une partie du poids de son passé. Excellent !

Le 04.11.2020