La conjuration des fous

de Cat Merry Lishi, éditions Moltinus et Les moutons électriques, 2020, ISBN 978-2-4909-7216-6, 5.99 € en e-book ou ISBN 978-2-490972-00-5, 15 € en version papier.

L’histoire :

Ophidia a été mutée de façon soudaine à l’Institut, un établissement à la réputation pour le moins fantasque. Pragmatique, la jeune infirmière s’accroche à sa solide expérience professionnelle pour faire face à des patients et des situations hors normes. Toutefois, ce n’est pas une sinécure, d’autant que son supérieur, le Gérant, fait preuve de consignes laconiques et conserve beaucoup d’informations par devers lui. Alors que des résidents sont assassinés, Ophidia en vient à s’improviser enquêtrice devant le silence que chacun garde. Seul le Sphinx est prêt à lui répondre, encore faut-il lui poser une question qui lui convienne !

Chronique :

J’ai acheté ce roman par curiosité, et je l’ai dévoré en une après-midi ! Intriguée par la quatrième de couverture, j’ai voulu en savoir plus.
Dès la première page, j’ai apprécié le style de l’autrice, avec une présentation du jardin des pénibles très évocatrice et imaginative. Puis nous rencontrons l’héroïne de l’histoire, Ophidia, et par son entremise nous découvrons l’univers dans lequel elle évolue, un monde qui ressemble au nôtre après une catastrophe écologique qui aurait fait grandement monter le niveau des eaux. Le tout serait accompagné d’un recul technologique, d’où une pointe de steampunk, et du surgissement de la magie, ce qui amène une touche de fantasy. Enfin, les lieux où se déroule l’histoire orientent vers le fantastique, mais il est assez minime. Ce mélange des genres n’est pas pour me déplaire, et le personnage d’Ophidia est agréable à suivre dans ses découvertes de l’Institut. Purement cartésienne, ayant toujours cru que la magie n’était que de la prestidigitation, son regard est totalement novice en la matière. Il en découle un certain humour, d’autant qu’elle pratique l’autodérision, sans passer par une narration à la première personne. La galerie de personnages est intéressante, chacun a sa personnalité, et les manifestations magiques ne sont pas grandiloquentes, si bien qu’ils restent très humains. Le mystère et l’enquête font part égale avec la découverte des lieux, tandis que certains habitants paraissent assez excentriques. Bill, homme à tout faire et pensionnaire, rappellera sûrement au lecteur un certain géant vert caractériel, à moins d’avoir pour référence les spasmes de combat de la mythologie celtique 😉 tandis qu’Endrike présente un mélange de candeur et de noirceur intrigant, tout autant que son frère, Ezekel, avec ses tenues élégantes mais ses capacités surprenantes…
Par ailleurs, l’inventivité de l’autrice est très agréable, car elle crée un univers singulier dans ce lieu, entre son éclairage particulier, son système pneumatique inhabituel, le petit personnel et le jardin des pénibles. Du reste, on se demande ce qu’est réellement le ministère des Précautions, quel est son rôle et son but, car la dénomination est curieuse.
Bref, ce roman est très agréable à lire car imaginatif, bien écrit, les personnages sont solides, et l’intrigue bien tissée. On se laisse mener avec plaisir, et si les réponses principales nous sont apportées à la fin, certaines découvertes nous laissent avec encore un certain nombre de questions ! 🙂

Le 10.03.2021