Hex

de Thomas Olde Heuvelt, éditions Le livre de poche, 2019, ISBN 978-2-253-08330-6, 8.70 €

L’histoire :

Dans la petite ville de Black Spring, il semble faire bon vivre. Toutefois, les habitants cachent un terrible secret, une malédiction qui dure depuis 350 ans. Katherine van Wyler hante les lieux depuis que les colons néerlandais l’ont torturée puis assassinée pour sorcellerie, ainsi que ses enfants. Les yeux et les lèvres cousus, elle apparaît et disparaît à sa guise, et maintient les habitants enchaînés à la ville, jusqu’à leur mort. Pour éviter de la provoquer et de déclencher une catastrophe qui pourrait rayer la population de la carte, des règles ont été édictées, que chacun respecte, pour la sauvegarde de tous.
Toutefois, des adolescents désireux de liberté se mettent à expérimenter les limites de leur prison, sans avoir conscience de ce qu’ils vont déclencher…

Chronique :

Voici un roman fantastique qu’on a du mal à lâcher une fois commencé. L’horreur est insidieuse, s’installe petit à petit, tandis que l’auteur nous plonge dans la vie de cette communauté apparemment moderne et civilisée. Les gens se sont adaptés aux contraintes de la malédiction, et ils vivent autant que possible en bonne intelligence avec Katherine, qu’ils craignent malgré tout. Les stratégies qu’ils ont déployées sont ingénieuses, ils se serrent les coudes par la force des choses, tandis que le problème est tel que le gouvernement leur a laissé la gestion totale de la situation, de peur qu’elle ne fasse tache d’huile.
Bien évidemment, des initiatives pourtant réfléchies vont venir gripper la machine, et la peur va véritablement empoisonner les esprits, au point de faire régresser la population au même niveau que leurs ancêtres superstitieux.
C’est toute l’habileté de ce roman, car si la sorcière existe et possède des pouvoirs bien réels, aux effets tout aussi concrets, ce n’est pas elle qui pousse les gens au pire. Loin de tirer les véritables leçons du passé, la population de Black Spring s’enlise peu à peu dans cette terreur qui lui fait perdre tout jugement éclairé, et reproduit les erreurs de ses prédécesseurs. La peur est le véritable ennemi, car elle engendre des comportements qui horrifieraient les habitants en temps normal. Elle réveille les mauvais instincts, fait ressortir ce qu’il y a de pire, et à partir de là, ces Américains pourtant de notre époque provoquent leur propre chute.
Ainsi, le roman met en avant ce qui peut se produire dans toute communauté, dès l’instant où cette dernière laisse la peur la régir au lieu de chercher d’autres modes de fonctionnement. Il y a de quoi réfléchir, au-delà d’un livre extrêmement habile, et dont les personnages ont une psychologie très fouillée.
En revanche, j’ai trouvé incroyable en lisant le mot de l’auteur à la fin, qu’il ait dû réécrire son livre pour la version en anglais. Qu’ont eu besoin les éditeurs anglophones de transposer l’histoire dans une ville des États-Unis, au lieu d’accepter le roman tel quel, avec ses aspects culturels typiquement néerlandais ? Et l’ouverture culturelle alors ? D’autant plus que cela implique que la version française et une traduction d’une traduction ! C’est aberrant !
Bref, Si le roman est excellent, solide et prenant à la fois, je regrette ce point particulier, qui vient obliger un auteur à transformer son œuvre uniquement pour de sordides questions financières, lesquelles font perdre présentement l’un des bénéfices inhérents à la lecture, à savoir l’ouverture aux autres, à la différence, et l’encouragement à la curiosité d’esprit.

Le 05.03.2019