Ghost story

de Peter Straub, éditions Bragelonne, 2013, ISBN 978-2-8205-0964-2, 12.99 € en e-book ou ISBN 978-2-35294-642-7, 20 € en version papier.

L’histoire :

Appelé par quatre vieux messieurs amis de son oncle défunt, Don Wanderley se rend à Milburn, une petite ville que les tragédies semblent poursuivre. Formant la Chowder Society, les quatre hommes se réunissent régulièrement pour se raconter des histoires de fantômes. Toutefois, le passé leur paraît bien plus effrayant que leurs récits…jusqu’à ce qu’un nouveau drame se produise. Si Don a une petite idée de ce qui se trame, sa présence semble soudain précipiter les événements et l’hécatombe ne fait que s’accélérer, tandis que la ville est coupée du monde par de soudaines chutes de neige. Mais comment lutter quand les forces en présence sont capables de jouer avec vos pensées ?

Chronique :

Avec ce roman fantastique, le titre se montre à la fois révélateur et trompeur. Il joue en effet sur les histoires que racontent les vieux messieurs de la Chowder Society, mais également sur les forces en présence, tout en étant capable d’induire une fausse piste que je n’éclairerai pas. Je vous laisse la découverte 😉
Extrêmement construit, désarçonnant, ce roman prend son temps pour s’installer et mettre en place les personnages, le décor. Il faut accepter de se laisser mener sans avoir beaucoup de réponses pendant un long moment, mais l’auteur sait très bien instiller une ambiance lourde, angoissante, sans être à proprement parler effrayante, tout du moins au début. À chaque fois que l’on referme le roman pour faire une pause, l’impression de malaise reste, durable, et l’auteur s’amuse donc à jouer avec nos nerfs sans qu’on se rende compte forcément sur le moment de l’impact de son récit.
Autre richesse de son livre, les explications quant aux « ennemis » que doivent affronter les personnages ne donnent pas dans la facilité, et il faut attendre longtemps avant d’être en mesure de tout comprendre et d’avoir les éclaircissements adéquats. Il en ressort une impression de désorientation, de ne pas savoir sur quel pied danser, tout autant que pour les personnages, lesquels se révèlent presque impuissants pour certains.
Du reste, le fait de couper de Milburn du reste du monde est habile, formant une espèce de huis-clos géant, comme si la ville était assiégée de l’intérieur, et faisant grimper la tension, que ce soit chez les personnages ou le lecteur. L’auteur joue également sur le rythme du récit et la ligne temporelle, notamment en intercalant des flashbacks de différents personnages, ce qui apporte des indices à l’ensemble du puzzle, sans forcément nous éclairer sur le moment. C’est exactement le cas avec le prologue, qui lui se situe dans l’avenir par rapport au bloc principal de l’histoire, et qui peut paraître déconnecté du reste lorsque l’on aborde la première partie. Les liens ne se créent qu’au fil de la lecture, petit à petit.
Bref, ce roman est une réussite, avec une construction réfléchie, maligne, et les amateurs de fantastique, de frisson, devraient y trouver leur compte, à condition d’accepter un rythme de narration un peu lent, qui participe à la mise en place de l’atmosphère.

Le 11.12.2020