American gods

de Neil Gaiman, éditions J’ai Lu, 2004, ISBN 978-2-290-08839-5, 8.90 €

L’histoire :

Aux États-Unis, Ombre est un prisonnier fraichement libéré, qui vient de tout perdre. Alors qu’il rentre chez lui, il se voit proposer du travail par un étrange vieillard qui se fait appeler Voyageur. Rapidement, les bizarreries se multiplient autour de lui, de même que ce qu’il aurait pensé auparavant impossible. Entraîné malgré lui dans une lutte sanglante entre nouveaux et anciens dieux, il se fait des amis, des alliés, des ennemis aussi, sans se douter que même ce qui lui semble être la réalité ne l’est peut-être pas tant que cela. Quant aux rêves, ils sont encore plus troublants…

Chronique :

Voici un livre que j’ai choisi par curiosité, intriguée par le battage autour de la série qui en a été tirée et que je n’ai jamais vue. Si je dois la regarder un jour, je préfère avoir lu le livre avant, le contraire étant souvent décevant 😉
J’ai donc découvert Ombre et les personnages qu’il rencontre, dont Voyageur, que tous qualifient de roublard ou d’arnaqueur. Il faut dire qu’un certain nombre de protagonistes sont en fait des avatars de divinités issues d’autres continents que le continent américain, amenés par les colons dans leurs bagages, parfois des siècles auparavant. Comme les temps changent et que les croyances évoluent, ils se heurtent à un affaiblissement général, en but à des dieux nouveaux créés par l’inconstance des hommes.
Dans ce conflit encore larvé, Ombre sert d’homme à tout faire à Voyageur, qui joue les démarcheurs auprès des vieilles divinités qu’il essaie de rallier à sa cause. De  ce fait, Ombre découvre l’envers du décor et se retrouve l’objet d’une étrange convoitise.
J’ai beaucoup apprécié ce roman pour sa richesse et son originalité. Toute l’histoire se révèle être une manière d’interroger la relation des hommes au divin, de questionner la conception que l’on a des différentes divinités. Qu’est-ce qui fait un dieu ? Que devient-il lorsque plus personne ne croit en lui ? D’où tire-t-il son pouvoir ?… Les réflexions sont nombreuses et le récit est l’occasion de les explorer un peu, tout en faisant preuve d’un certain syncrétisme. Les mythologies se mêlent, notamment avec la scène d’Ombre sur l’arbre, tandis que le but réel de tout cela ne nous est dévoilé qu’à la fin, évidemment. En attendant d’en arriver là, on se fait promener allègrement, et on se demande parfois pourquoi l’auteur semble faire un écart dans son récit en nous parlant d’événements d’un lointain passé. C’est toute l’habileté de la construction du texte, car ces écarts ne sont pas gratuits. Ils trouvent leur explication plus tard, et il faut bien les avoir en tête pour en comprendre toute l’utilité…
Malgré cette ossature parfois déroutante, l’histoire est plutôt addictive, avec des péripéties, des rebondissements et des retournements de situation. La fin en particulier est bien trouvée, et je l’ai appréciée sur plusieurs niveaux : qui en réalité a le dernier mot, la véritable identité d’Ombre, le dénouement de la confrontation entre les dieux, sa visite en Islande…
Bref, il s’agit d’un roman solide, riche, complexe aussi, avec lequel on ne s’ennuie pas. Un excellent moment de lecture, qui a besoin de temps pour être digéré et vraiment apprécié à sa juste valeur 🙂

Le 19.04.2019