Whyborne & Griffon #1

Tome 1 : Contresens

de Jordan L. Hawk, éditions Reines-beaux, 2014, ISBN 978-2-3900-6011-6, 5.99 € e-book.

L’histoire :

Le Dr Whyborne est un philologue accompli, mais qui se mêle peu à ses collègues. Jugé la plupart du temps excentrique, il cache en réalité son homosexualité dans une époque où elle est encore réprimée légalement aux États-Unis. Après un drame personnel, il s’est juré de ne plus laisser prise à son cœur, quitte à demeurer solitaire. Toutefois, lorsqu’un ancien Pinkerton vient lui demander son aide pour élucider une affaire, sous la pression de sa hiérarchie, Whyborne n’a pas trop le choix. Il met alors les pieds sans le savoir dans le surnaturel, tout en s’évertuant à résister au charme de Griffon, enquêteur acharné. Rapidement, les deux hommes se trouvent confrontés à des dangers de nature inattendue…

Chronique :

Au début du confinement, un certain nombre d’éditeurs ont proposé gratuitement au téléchargement des titres de leur catalogue. Lorsque j’ai vu celui-ci, je n’ai pas beaucoup hésité. Pour avoir lu deux écrits de la série Hexworld de cette autrice, je savais qu’il y avait de grandes chances pour que j’apprécie celui-ci. Et c’est le cas !
Si l’univers dans lequel se déroule l’histoire n’est pas aussi exotique que dans la série que j’évoquais, on retrouve ici des personnages sympathiques, fouillés, dont la psychologie tient la route, le tout placé à une époque où l’homosexualité, ainsi que tout écart à l’égard de la norme, étaient sanctionnés. À partir de là, on comprend bien qu’il est loin d’être facile pour le personnage d’assumer son identité sexuelle, et combien le poids de la pression sociale le pousse à la regarder comme une aberration ou une perversion. Pourtant, c’est un homme bien, profondément humain et gentil, et qui a choisi l’invisibilité dans l’espoir d’avoir la paix, même si cela l’étouffe et qu’il n’en a pas conscience.
L’enquête à laquelle il se retrouve mêlé est intéressante, bien construite, autre constante de l’autrice. Loin de ne proposer qu’une romance avec une histoire sans réelle substance, c’est à l’inverse que nous avons droit. L’intrigue constitue le principal du roman, dans lequel la romance va venir se glisser très progressivement. Du reste, les amateurs de Lovecraft devraient apprécier, puisque d’emblée l’intrigue est reliée à son imaginaire du mythe de Cthulhu.
Si Whyborne est le personnage que l’on suit, et donc que l’on connaît le mieux, Griffon se dévoile peu à peu, mais surtout une fois que les deux hommes ont affronté plusieurs fois le danger ensemble. Autre marque de fabrique de l’autrice d’ailleurs, ses personnages ont de la classe et des manières, chacun à leur manière justement !
Enfin, inscrire l’histoire dans une époque encore très patriarcale est également une manière de dénoncer non seulement l’homophobie, mais également l’intolérance et la répression plus ou moins voilée de la société envers toutes les divergences de pensée et de comportement. Ainsi, le Dr Putnam est un bon exemple des combats qu’une femme désireuse d’indépendance doit mener pour être prise au sérieux, même lorsqu’elle a fait la une de la presse internationale pour ses découvertes archéologiques !
Bref, ce premier tome de la série donne envie de la suivre, et comme pour Hexworld, je n’ai pas boudé mon plaisir, découvrant des personnages attachants et particulièrement humains 🙂

Autres titres de la série :

Tome 1.5 : Talisman
Tome 2 : Portail
Tome 3 : Asile
Tome 3.4 : Carrousel
Tome 4 : Nécropole

Le 23.04.2020